Université : le ministère pris dans le casse-tête du tirage au sort sur APB

Après le cafouillage autour du projet d’arrêté censé légaliser la pratique du tirage au sort, le ministère a sorti une note pour traiter les étudiants en réorientation comme les néobacheliers dans Admission postbac, venant ainsi amplifier le phénomène.

Filière Staps

La filière Staps fait partie de celles où il y a le plus de tirages au sort. // © Fred MARVAUX/REA

Après le cafouillage autour du projet d’arrêté censé légaliser la pratique du tirage au sort, le ministère a sorti une note pour traiter les étudiants en réorientation comme les néobacheliers dans Admission postbac, venant ainsi amplifier le phénomène.

Deuxième tentative pour le ministère de l’Éducation nationale. Alors que le projet d’arrêté censé légaliser la pratique du tirage au sort dans les licences en tension a été brusquement retiré de l’ordre du jour du Cneser (Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche) du 17 janvier 2017, le ministère attend le retour des organisations concernées – probablement courant février – pour revoir sa copie.

Ce projet d’arrêté ne faisait que formaliser une pratique en usage depuis plusieurs années, pratique qui suscite l’opposition de tous les acteurs, des syndicats aux présidents d’université. Seul ajout du texte : la prise en compte de la situation familiale du candidat (mentionnée dans l’article 3 de la loi L.612 ) dans les critères de priorité. Un paramètre qui ne devrait pas concerner beaucoup de bacheliers, peu étant mariés, pacsés ou ayant une famille à charge.

Les étudiants en réorientation intégrés au tirage au sort

Dans le même temps, une note de la Dgesip destinée aux formations présentes sur APB fait réagir : les étudiants en réorientation seront désormais traités comme les néobacheliers… venant ainsi grossir le rang des tirés au sort potentiels. Une aberration ? « Non, c’est simplement le respect de la loi », répond-on du côté du ministère. Sans doute échaudé par les recours devant les tribunaux de l’an passé, la rue de Grenelle va veiller à ce que tout se passe dans le respect des textes – encore faut-il qu’ils existent.

Lors de la dernière session APB, au 31 mai 2016, dernier jour pour hiérarchiser les vœux, 123.025 candidats en réorientation faisaient encore partie de la procédure. Mais tous ne se réorientent pas vers des filières universitaires, et ceux qui souhaitent rester dans le même établissement sont pris en charge directement par son service administratif, sans passer par APB. « Le nombre d’étudiants concernés par un tirage au sort restera marginal, tente de rassurer le ministère. D’autant qu’il est peu motivant pour un jeune en réorientation de postuler dans une filière en tension avec tirage au sort. » Un argument que n’entendent pas les syndicats étudiants.

« Évidemment que la perspective d’être tiré au sort décourage les jeunes, qu’ils soient en terminale ou en réorientation ! ironise Lilâ Le Bas, présidente de l’Unef (Union nationale des étudiants de France). Mais cette pratique du tirage au sort, qui n’est autre qu’une forme de sélection à l’entrée de l’université, doit cesser. Le ministère doit garantir un nombre de places suffisant dans les filières sous tension », martèle la représentante du syndicat étudiant.

APB, outil d’anticipation pour le ministère et les recteurs

Pour parvenir à endiguer le tirage au sort, le ministère va reconduire la solution mise en place en 2016 : utiliser APB comme outil de prévision des mentions de licence qui risquent de poser problème. Avant même le 20 mars, date limite pour ajouter des formations, les choix des candidats ont été examinés, pour tenter de déterminer les tendances et les filières où la capacité risquait de poser le plus de problèmes, même si les choix prioritaires des candidats ne deviennent définitifs que le 31 mai.

Lors de la session 2016, dès le 1er juin, le ministère a demandé aux recteurs de travailler dans la journée avec les présidents d’université l’augmentation des capacités dans les filières pouvant poser problème. Le tirage au sort n’a finalement concerné que 78 mentions de licence, contre 189 en 2015. Le ministère espère réduire encore ce chiffre en 2017.

Finalement, ce sont 3.500 jeunes qui n’ont pas pu obtenir leur vœu 1 dans leur académie, essentiellement en Staps, en psychologie mais aussi en sciences de l’éducation. Cette dernière filière, qui connaît un succès grandissant, sera suivie de près cette année, quitte à faire partie des « vœux groupés » l’an prochain si cela s’avère nécessaire.

Mais même avec la dotation de 100 millions d’euros supplémentaires destinés à améliorer l’accueil dans les filières universitaires, le ministère ne pourra pas faire de miracles, étant donné la pression démographique. Dans l’académie de Bordeaux, aujourd’hui déjà, les candidats sont trois fois plus nombreux en Staps que la capacité d’accueil. Et les lycéens le savent : ils mettent par conséquent ce vœu en première position, afin d’avoir une chance de l’obtenir… renforçant ainsi le phénomène de tension. Et c’est sans compter les bébés de l’an 2000 qui arriveront sur les bancs de la fac à partir de l’année prochaine.

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