Cours d’éco express : « Pourquoi le chômage reste-t-il fort malgré l’euro ? »

triste-e1Que vous prépariez un bac ES, le concours commun des IEP ou un autre concours Sciences Po, ou tout simplement, que vous souhaitiez étendre vos connaissances, ce dialogue imaginaire entre un prof (Bastien) et ses élèves vous aidera à comprendre une notion importante en économie ou en sociologie, en moins de trois minutes. Aujourd’hui, L’euro ne suffit pas à faire reculer le chômage.

Nous avons vu dans le cours précédent ce qu’on pouvait espérer de l’euro, en matière de croissance et d’emploi ; la réalité est moins glorieuse. Vous aviez en groupe à rédiger des communiqués de presse sur l’euro, correspondant à différents points de vue. On va demander à Eugénie de nous lire la conclusion du communiqué de son groupe.

« L’euro tant défendu par les élites, lui qui devait amener croissance et emploi, est en réalité un cruel échec. L’Europe impose des contraintes qui étouffent notre économie. Il faut sortir de l’euro pour redynamiser notre économie, et faire enfin baisser le chômage. »

—  Ça ressemble à un communiqué de qui ?

— Du Front national, répondent en chœur plusieurs élèves.

Pierre en général discret en classe s’agace :

—  Parce que c’est du FN, c’est forcément faux ?

Bastien sent le terrain glissant :

—  Reprenons calmement. Sauf exceptions notables, comme l’Allemagne, c’est vrai que bien des pays qui ont l’euro ont un taux de chômage élevé. Rappelons qu’il y a deux leviers principaux pour tenter de relancer à court terme la croissance, et qui sont ?

—  La politique monétaire et la politique budgétaire

—  Bien. Le principe : si on veut relancer la croissance, c’est d’avoir des taux d’intérêt bas, pour favoriser les emprunts et donc la consommation et l’investissement. Et que s’est-il passé avec l’euro ?

—  C’est la BCE [Banque centrale européenne] qui est chargée de mener la politique monétaire. Elle s’est contentée de suivre la banque centrale américaine (la Fed) et en plus, la BCE contrairement  à la banque américaine n’a que pour objectif la maîtrise de l’inflation (pas plus de 2 %), et surveiller l’évolution du cours de l’euro.

—  C’est vrai qu’on lui reprochait d’être suiviste, et de se calquer sur les USA. En fait, depuis la crise des subprimes et la crise grecque, avec Draghi, le président de la BCE…

—  Super Mario !

—  Oui, on l’appelle ainsi… la BCE s’est mise à prêter considérablement de l’argent aux banques, près de 80 milliards d’euros par semaine.

—  Et pourquoi, Monsieur ?

—  Parce qu’a priori l’argent étant facile à trouver les taux d’intérêt doivent être bas. Et c’est le cas, et les ménages et entreprises devraient emprunter et ainsi relancer la croissance. Ces dizaines de milliards, c’est considérable, et pourtant la croissance n’est pas repartie. On craint que cela ne finisse par alimenter une autre bulle financière, comme en 2008.

—  Et pourquoi, ça ne marche pas ?

—  Parce que les ménages n’ont pas un pouvoir d’achat assez élevé pour trop consommer ni même emprunter. Les entreprises sont prudentes devant la faiblesse de la demande. Il faudrait que l’Etat prenne le relais. Comment ? Il faut que l’Etat intervienne par une politique de relance. Quel est le problème ?

—  Beaucoup de pays ont déjà des déficits budgétaires importants et des dettes.

—  Exact. Or, pour mettre en place l’euro, puis assurer sa pérennité, les membres de l’euro se sont engagés à respecter des critères de convergence (ceux de Maastricht, avant l’euro). Ils ont été repris dans le traité d’Amsterdam (Le PSC ou pacte de stabilité et de croissance). A savoir, que le déficit public n’excède pas 3 % du PIB, et que la dette publique soit inférieure à 60 % du PIB. Depuis la crise des subprimes qui a aggravé la situation financière des Etats, beaucoup d’entre eux dont la France, n’arrivent pas à respecter cet engagement. Ils ne peuvent pas aller bien plus loin dans le soutien de la demande, sauf des pays excédentaires, comme l’Allemagne qui ne veut pas devenir cigale, à cause de pays qui n’ont pas été des fourmis, dont le Portugal, l’Irlande, la Grèce et l’Espagne (ou Spain), autrement dit, les PIGS, selon certains journaux allemands.

— Sympa ! Mais il y a aussi un budget européen ?

— C’est vrai qu’en théorie, il pourrait prendre le relais, mais comme il dépasse à peine 1 % des richesses créées en Europe, il ne peut soutenir l’activité.

— Et c’est quoi, exactement le policy mix dont ils parlent dans le manuel ?

— Le policy mix, c’est l’articulation des politiques budgétaire et monétaire. Il faut les coordonner pour qu’elles soient efficaces. Par exemple, je veux lutter contre l’inflation, je réduis les dépenses budgétaires (politique budgétaire restrictive), et je hausse les taux d’intérêt (politique monétaire restrictive aussi), pour freiner la consommation et l’investissement, donc la demande en renchérissant le crédit. Donnez-moi la situation inverse Jeanne.

— On veut lutter contre le chômage : politique budgétaire expansive, on augmente les dépenses et politique monétaire expansive, on fait baisser les taux d’intérêt pour stimuler la croissance. Le problème, c’est que les taux d’intérêt sont bas, mais les nations ne peuvent relancer leur économie, faute de marges de manœuvre budgétaire.

—  Très bien, donc pas de policy mix dans la zone euro. Quels scénarios sont envisageables ? Il y a ceux qui estiment que ces politiques dites conjoncturelles ne sont pas suffisantes, et qu’il faut faire des réformes structurelles. Réduire sévèrement le nombre de fonctionnaires, diminuer toutes les dépenses publiques, dont celles de santé. Assouplir le marché du travail, et obliger les chômeurs à accepter vite des emplois même mal payés, parce qu’ils perdront rapidement leurs allocations.

— C’est du remède costaud.

— C’est un vrai remède de cheval qui pourrait tuer le malade, disent certains. Lisons un autre communiqué que vous avez rédigé, on vous écoute Romain.

« Il faut réorganiser la zone euro avec une chambre parlementaire européenne. Imposer un impôt européen pour éviter le dumping fiscal, alléger les dettes… »

— Eh, oh, il ressemble beaucoup à ce que Piketty a écrit dans Le Monde récemment.

— On s’en est peut-être un peu trop inspiré.

— On verra ça plus tard. Il est du côté de ceux qui estiment que nos problèmes notamment de chômage ne viennent pas de trop d’Europe, mais de pas assez d’Europe. Il faudrait avancer, mais attention, ces projets européens plus ou moins ambitieux, suivant leurs auteurs, impliquent plus de transfert de souveraineté, et donc plus ou moins de fédéralisme. C’est sûrement un cap intéressant, mais qui ne garantit pas que lorsqu’on prendra des décisions en commun, elles conviendront aux Français. Ce n’est pas non plus la solution miracle. Au fait Romain, qu’avez-vous à dire pour votre défense ?

— On doit y aller Monsieur, on a un devoir de philo, on avait beaucoup à réviser.

— C’est un peu court.

Romain, toujours l’esprit vif, sait qu’un bon mot adoucit l’agacement de son prof, il tente :

— On a été trop vite dans la rédaction, on a confondu communiqué de presse, et pressé de communiquer.

— Ouais, allez philosopher ailleurs, répond Bastien à moitié amadoué.

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