« Le kit de survie des professeurs évolue »

kit-profLorsque j’étais élève, nous fantasmions sur  le contenu de la sacoche de nos profs. Nous n’avons pas connu ceux qui pouvaient fumer en classe. En revanche, on s’étonnait du long passage du prof de géo dans le cabinet des cartes, ou des passages répétés du prof de SVT dans le labo. On entendait un bruit de verre, et on voulait imaginer que c’était celui d’une fiole, dans laquelle se trouvait un petit remontant pour l’aider à nous supporter.

Devenu prof, je dois avouer que mon quotidien banal ne nécessite pas de kit de survie, tant que la machine à café fonctionne. Quand le doute s’installe, on peut aussi se rappeler qu’on travaille pour une rémunération, mais je ne conseille pas aux profs en début de carrière, d’abuser de ce remontant qui pourrait ne pas en être un.

En revanche, j’ai des échos de profs, qui dans certains lycées prévoient des mouchoirs, un manuel de sophrologie, parfois un anti dépresseur. On a appris qu’à Villeneuve sur Lot, au lycée G Leygues, il était conseillé d’apporter des boules Quiess, puisque des élèves trouvent normal de faire exploser de gros pétards. J’ose espérer que le casque de protection dans d’autres établissements n’est que très exceptionnel. Il faut dire que ces collègues ne sont sûrement pas très soutenus par leur hiérarchie. L’école doit être « bienveillante » nous dit-on, être « inclusive », ce qui revient par exemple, à exclure définitivement des élèves avec sursis, donc à les garder!

Quand l’enseignant ne se sent plus protégé, il peut être amené à trouver de (mauvaises) solutions personnelles. Va-t-on voir se développer dans des kits de survie, du ruban adhésif pour réussir à faire tenir en place des perturbateurs? Coller un élève prend un nouveau sens. Doit-on envisager d’avoir en solution un puissant laxatif qu’on mélangerait à l’eau à la cantine, histoire d’alléger un peu les effectifs? Le prof à bout de solutions, aura-t-il sur lui une pointe acérée, pour crever pneus de voitures ou de scooters d’élèves qui se sentent intouchables?

On aura compris qu’il ne s’agit pas de cautionner cette éventuelle et scotchante évolution, mais qu’on ne joue pas les étonnés, s’il se confirme que la tendance à scolariser les enfants dans le privé s’accélère, ou  si carrément, on voit de plus en plus de parents assurer  à la  maison la scolarité de leurs enfants.

Les profs n’ont pas à jouer leur avenir à kit (de survie) ou double. Ils sont en droit d’attendre de leur hiérarchie un soutien plus ferme.

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