Les concours, un business très lucratif

Organisation des épreuves, promotion des écoles, prépas en tous genres, séminaires…Les examens d’entrée sont une manne pour nombre d’entreprises.

Au prix des épreuves aux concours s’ajoute le coût du transport, de l’hébergement, de la restauration…

On en trouve partout : pour ­accéder aux grandes écoles d’ingénieurs ou de gestion, aux Instituts d’études politiques, aux facs de médecine, à l’Ecole ­nationale d’administration ou à l’Ecole nationale de la magistrature, aux écoles d’art, à Normale-Sup, pour l’agrégation… Omniprésents dans l’enseignement ­supérieur français, les concours ne sont pas seulement source de stress pour les candidats : ils génèrent des flux financiers tels qu’un secteur d’activité, plutôt prospère, s’est développé. Un business que financent les familles.

Premier facteur de dépense, l’organisation des concours. Une mécanique lourde : il faut gérer le calendrier, élaborer les épreuves, convoquer et accueillir les candidats, mettre sur pied des jurys, corriger les copies, planifier les oraux… Le tout pour des milliers de candidats. Le coût est forcément élevé : 2,4 millions d’euros, par exemple, pour les 13 écoles du concours Mines-Télécom et leurs 16 500 candidats. Un coût supporté par les élèves à travers les frais d’inscription.

Quelle marge bénéficiaire ?

Dans les business schools, ceux-ci varient, pour l’écrit seul, de 40 euros à 200 euros par école – les boursiers en sont dispensés. En général, chaque candidat postule à une bonne demi-douzaine d’écoles. L’addition grimpe ainsi ­facilement à 800 euros ou 1 000 euros. Les banques d’épreuves permettent ­cependant d’alléger la note. La banque Passerellepropose ainsi un tarif groupé à 320 euros, ­incluant le « TAGE MAGE », un test d’aptitude aux études de gestion. « En moyenne, le coût de revient est de ­l’ordre de 50 euros à 55 euros par candidat et par école », indique Stéphan Bourcieu, directeur de Burgundy School of Business – ex-ESC Dijon.

Reste que,finalement, les écoles ne ­gagnent pas d’argent avec les concours. « Ils nous coûtent même quelques milliers d’euros », admet Jean-Guy Bernard, directeur général de l’Ecole de management de Normandie. Seules quelques rares écoles de gestion parviennent à dégager une marge bénéficiaire. C’est le cas de Sciences Po Paris (150 euros de frais de dossier) : « L’objectif n’est pas de réaliser un bénéfice, mais simplement d’équilibrer nos comptes », assure Anne Lesegretain, responsable des admissions.

Du côté des écoles d’ingénieurs, même constat. « Les concours coûtent cher et ne nous rapportent rien, déclare Raymond Chevallier, directeur des études à l’IMT Lille-Douai (275 euros, comme pour les principales voies d’accès au concours ­Mines-Télécom). D’autant que nous avons 34 % de boursiers qui bénéficient d’une gratuité totale. En moyenne, chaque candidat dépense entre 500 et 1 000 euros, ­selon le nombre de ­concours auxquels il s’inscrit. » Il arrive aussi que des écoles d’ingénieurs cassent les prix pour attirer plus d’élèves.

Frais annexes

Au prix des épreuves s’ajoute le coût du transport, de l’hébergement, de la restauration… Nombre d’écoles s’organisent pour loger les étudiants à des tarifs modiques. Le montant de la facture finale ­dépend donc du nombre d’écoles choisies, de leur localisation et du type d’hébergement. Au passage, l’afflux de candidats est aussi une aubaine pour les hôtels, restaurants, cafés et le tourisme local.

Encore ne s’agit-il là que de l’intendance. Car les écoles doivent aussi, pour assurer leur promotion et séduire les candidats, investir dans le marketing et la communication. Chaque année, Skema Business School participe à quelque 150 forums ou présentations, en France et à l’étranger, mobilisant une ­dizaine de permanents. Une dépense ­impossible à chiffrer, mais qui représente des montants significatifs. Résultat, les concours font les beaux jours d’une foule d’acteurs : organisateurs de Salons, éditeurs de guides, agences de communication, journaux spécialisés, consultants en tous genres, sites Web dédiés…

Mais de nombreux autres organismes profitent également de la manne des ­concours. Les classes préparatoires privées, d’abord, qui se multiplient. On en trouve pour les grandes écoles, mais aussi pour les écoles d’art, les IEP, la médecine… Dans les plus cotées, les frais atteignent des montants considérables : 8 000 euros pour certaines prépas à la première année commune aux études de santé, et bien plus pour des « prépas » réputées, comme Intégrale (9 750 euros à 11 300 euros l’an), Ipesup (9 950 euros) ou encore « Ginette », un lycée privé de Versailles qui prépare aux concours des grandes écoles ­d’ingénieurs et de commerce (jusqu’à 18 500 euros en pension complète, avec modulation en fonction du revenu familial). Sans compter les frais annexes.

Les séminaires intensifs et autres master class, supposés doper les chances de réussite, se répandent. Leurs tarifs, parfois soigneusement cachés, peuvent ­dépasser 12 000 euros à 14 000 euros par an. « Ces organismes jouent sur la peur de l’échec, estime Patrice Houdayer, ­directeur des programmes à Skema. Ils savent que des familles sont prêtes à payer très cher pour la réussite de leurs enfants. Mais ils ne sont pas contrôlés, et rien ne ­démontre leur efficacité. » Ajoutez encore les ­séjours linguistiques, des cours particuliers, et parfois le suivi par un « psy »… Certains parents investissent ainsi 50 000 euros par an, voire plus.

Participez à « O21, s’orienter au XXIe siècle »

Comprendre le monde de demain pour faire les bons choix d’orientation aujourd’hui : après Lille ( les 6 et 7 janvier), « Le Monde » organise son nouvel événement O21 à Cenon (près de Bordeaux, les 10 et 11 février au Rocher de Palmer), à Villeurbanne (les 15 et 16 février) et à Paris (4 et 5 mars, à la Cité des sciences et de l’industrie). Deux jours pendant lesquels lycéens et étudiants peuvent échanger avec des dizaines d’acteurs locaux innovants, qu’ils soient de l’enseignement supérieur, du monde de l’entreprise ou des start-up.

Pour participer à une ou plusieurs conférences et ateliers, il suffit de s’inscrire gratuitement en ligne, à O21 Cenon, O21 Villeurbanne et O21 Paris. Le ministère de l’éducation nationale étant partenaire de l’événement, les enseignants et établissements peuvent y emmener leurs élèves sur le temps scolaire. Pour les classes ou les associations, les inscriptions s’effectuent de façon groupée par l’envoi d’un simple e-mail à l’adresse [email protected]

Lors de ces événements sont également diffusés des entretiens en vidéo réalisés avec trente-cinq personnalités de 19 ans à 85 ans qui ont accepté de traduire en conseils d’orientation pour les 16-25 ans leur vision du futur.

Placé sous le haut patronage du ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, O21 est également soutenu, au niveau national, par quatre établissements d’enseignement supérieur (Audencia, l’Essec, l’Epitech, et l’alliance Grenoble école de management – EM Lyon). Localement, l’événement est porté par les conseils régionaux des Hauts de France, de Nouvelle Aquitaine et d’Ile-de-France, les villes de Cenon et de Villeurbanne et des établissements d’enseignement supérieur.

  • Jean-Claude Lewandowski
    Journaliste au Monde

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