Education prioritaire et classe bilangues : les approximations de Najat Vallaud-Belkacem

Venue défendre son bilan sur France Inter lundi, la ministre de l’éducation nationale a commis des erreurs et imprécisions.

Najat Vallaud-Belkacem à l’Assemblée nationale en mai 2015.

« Le quinquennat va s’achever sur un bilan en matière d’éducation dont je suis éminemment fière ! », affiche sereinement la ministre de l’éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem. Pourtant, lors de son passage à la matinale de France Inter, lundi 6 février, la secrétaire d’une association de parents d’élèves et un professeur membre du collectif Touche pas ma ZEP ont soulevé des problèmes auxquels la ministre n’a pu répondre avec justesse.

L’ouverture d’une classe « bilangue » en question

Les classes bilangue permettaient à 16 % des élèves de 6e et de 5e d’apprendre deux langues vivantes, dès le début du collège donc, alors que l’apprentissage de la deuxième langue n’était possible qu’à partir de la 4e pour les autres élèves. La réforme du collège, appliquée pour la première fois à la rentrée 2016, devait mettre fin à ces classes bilangues et avancer l’apprentissage d’une deuxième langue à la 5e.

L’auditrice, secrétaire de l’association de parents d’élèves d’un collège public des Côtes-d’Armor, a interpellé la ministre sur l’ouverture prochaine d’une classe bilangue dans le collège privé de sa commune, un an après la fermeture de la classe bilangue dans son collège, public lui.

CE QUE LA MINISTRE A RÉPONDU

« Ce que vous décrivez est absolument impossible, pour une raison simple, les collèges privés appliquent la réforme du collège exactement de la même façon que les collèges publics. (…) Disparaissaient les classes bilangues qui partaient de la 6e et simplement permettaient à une minorité de collégiens d’avoir deux langues vivantes étrangères dès la classe de 6e, quand leurs camarades, eux, les avaient à partir de la classe de 4e. (…) En revanche, ne disparaissaient pas (…) les [classes] bilangues “de continuité”, c’est-à-dire [s’adressant] à des élèves qui, à l’école primaire, avaient [déjà] commencé une autre langue que l’anglais. »

Pourquoi c’est faux

Pourtant, le directeur du collège privé Saint-Stanislas de Plouër-sur-Rance a annoncé sur le site de l’établissement qu’une section bilangue ouvrira bien à la rentrée 2017. Le 1er février, le secrétaire général du service départemental de l’éducation nationale des Côtes-d’Armor a signé l’attribution des heures d’enseignement correspondant à l’ouverture d’une classe bilangue allemand dans son établissement.Après vérification, le collège public du Val de Rance de Plouër-sur-Rance (Côtes-d’Armor) a bien vu sa classe bilangue supprimée à la rentrée 2016.

Du côté du ministère, le malaise est palpable après la découverte de la situation. On y assure que rien n’est encore fait. Il ya bien « un projet d’ouverture de classe bilangue dans ce collège », mais « le directeur académique va présenter le projet prochainement. » Aucune date n’est annoncée par le cabinet de la ministre. Ce dernier souligne que « si cette classe devait ouvrir, son ouverture sera conditionnée à ce que les élèves qui l’intègrent aient été sensibilisés à l’allemand en école primaire », faisant de cette classe bilangue une classe dite « de continuité ».

L’absence de carte scolaire permet au collège privé Saint-Stanislas de satisfaire ce critère : en tant que collège privé, il peut en effet accueillir des enfants ayant eu une initiation à l’allemand, quelle que soit la localisation de leur école primaire d’origine. Contrairement au collège public, qui doit pouvoir justifier de la présence d’écoles primaires de son secteur proposant aux élèves une initiation à l’allemand pour maintenir sa classe bilangue ouverte.

Le flou autour des lycées « les plus défavorisés »

Un autre auditeur s’est adressé à la ministre pour évoquer les lycées les plus défavorisés. Enseignant en banlieue parisienne, membre de Touche pas ma ZEP, il a dit constater une stabilité voire une baisse des dotations des lycées d’éducation prioritaire, qui se poursuivrait à la rentrée 2017, malgré les 450 postes promis par la ministre le 28 novembre. Il affirme également que l’association n’a jamais été reçue en audience par la ministre ou son cabinet, malgré ses nombreuses demandes.

CE QUE LA MINISTRE A RÉPONDU

« Touche pas à ma ZEP a été reçue à plusieurs reprises. (…) Aucun moyen ne disparaît pour les lycées d’éducation prioritaire actuels. Bien mieux encore, ce sont des moyens supplémentaires qui arrivent à la rentrée 2017 : 450 emplois supplémentaires qui sont en effet mis en particulier sur les lycées les plus fragiles. »

Pourquoi on ne sait pas encore

Quant à la répartition de l’intégralité des 450 emplois supplémentaires, elle ne sera connue que dans quelques mois. Selon le cabinet de la ministre, « les 450 postes vont d’abord être répartis par région académique, puis par département, puis par établissement. Pour l’instant, la majorité des postes ont été affectés au niveau régional. Le reste des postes a déjà été réparti au niveau départemental. »Il n’existe pas, à ce jour, de liste publique des lycées « les plus fragiles ». La seule liste connue est celle des collèges appartenant aux « réseaux d’éducation prioritaire » (REP et REP +), nom des zones d’éducation prioritaire (ZEP) depuis 2014. Chaque collège qui bénéficie des labels REP ou REP + en fait profiter les écoles primaires et maternelles de son « réseau ». La définition d’une « carte élargie des lycées d’éducation prioritaire » est au cœur des revendications du collectif Touche pas ma ZEP.

Pourtant, à titre d’exemple, le syndicat SNES-FSU de Lille affirme que les 45 postes « créés » pour la rentrée 2017 dans les lycées « les plus fragiles » de l’académie de Lille existaient déjà : « En réalité, depuis quatre ans, ces moyens étaient déjà attribués dans les heures données par le rectorat à ces établissements, en prenant en compte les pourcentages de catégories socioprofessionnelles défavorisées. » Et d’ajouter qu’en l’état, le lycée Turgot de Roubaix, considéré comme un « établissement sensible », perdra 14 heures – soit 0,7 poste.

Concernant les rencontres entre le cabinet de la ministre avec Touche pas ma ZEP, l’association a été reçue le 29 septembre 2016 par la Direction générale de l’enseignement scolaire, qui est chargée, entre autres, des programmes scolaires – et pas de l’affectation des moyens aux zones prioritaires. Le 28 novembre 2016, un membre du cabinet de la ministre a rencontré à Marseille une déléguation intersyndicale. A cette date, le collectif n’avait pas été invité en tant que tel à la réunion. Deux membres de l’intersyndicale présents à la réunion au titre de leur syndicat ont rejoint par la suite Touche pas ma ZEP .

  • Laura Motet
    Journaliste au Monde

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