A Grande-Synthe, le devenir du camp de la Linière en question

Le camp humanitaire, pensé pour être provisoire, fêtera le 7 mars sa première année d’existence. Il abrite actuellement environ 1 200 migrants, pour l’essentiel des Kurdes d’Irak.

Le camp de la Linière à Grande-Synthe (Nord), qui a ouvert ses portes en mars 2016.

Quelque 300 chalets plantés sur une langue de terre entre un embranchement d’autoroutes et une ligne de chemin de fer. Autant de petits abris, mais aussi des douches et des sanitaires, des cuisines communautaires, des foyers récréatifs, un centre médical, un centre psychosocial gratuits et ouverts à tous… L’édification du camp de la Linière se raconte, entre les murs de la mairie de Grande-Synthe (Nord), un peu comme une belle histoire dont l’édile, Damien Carême (Europe Ecologie-Les Verts), est le héros.

Avec conviction : offrir un toit aux réfugiés – un « choix sémantique » défendu par la municipalité – « était et reste la seule réponse digne et humaine », défend Olivier Caremelle, directeur de cabinet du maire qui en a pris l’initiative il y a un an, avec Médecins sans frontières. Mais sans angélisme. Personne n’ignore aujourd’hui, dans cette commune limitrophe de Dunkerque de 24 000 habitants – 25 000 en comptant les migrants –, qu’avec le froid qui souffle sur les baraquements de taule et de bois, le risque d’incendie est quasiment aussi élevé que celui d’une intoxication au monoxyde de carbone.

Des patrouilles de contrôle ont beau être organisées toutes les deux heures, jour et nuit, et un infirmier être affecté sur place, l’hiver met bel et bien mettre en relief les difficultés d’un camp qui n’a pas été conçu pour être pérenne mais qui fêtera, le 7 mars, son premier anniversaire. « Ce n’est pas qu’une question de forme, d’habitat, explique Franck Spicht, directeur de l’association gestionnaire de la Linière, l’Afeji. C’est le mode de fonctionnement dans sa globalité qui gagne à être rediscuté. »

Du côté de l’Hôtel de ville, on ne cache pas être en « pleines négociations » avec le gouvernement sur le devenir du premier – et du seul – camp humanitaire de France, d’autant que la convention entérinant sa gestion tripartite (ville, Afeji, Etat) court jusqu’à la fin du mois de mai. Pas question d’un démantèlement comme ce fut le cas cet automne à Calais, à moins de 40 kilomètres de Grande-Synthe. « Une fermeture à court terme n’est pas à l’ordre du jour, confirme Olivier Caremelle, mais plusieurs problématiques appellent une réponse urgente. »

Effectifs en constante évolution

Celle de l’habitat d’abord. Si, de l’avis de tous, les conditions d’accueil sont sans commune mesure avec celles de l’ex-campement du Basroch, un bourbier à l’extrémité sud-est de la ville où ont pu s’entasser jusqu’à 2 800 migrants, les 291 chalets aujourd’hui occupés à la Linière n’ont pas été pensés pour être exposés aussi longtemps à la pluie et au vent. Les « extensions » qui ont été faites par certaines familles ne répondent pas aux normes de sécurité.

L’autre interrogation porte sur les effectifs, en constante évolution. Lors du dernier recensement, en janvier, quelque 1 200 migrants – pour l’essentiel des Kurdes d’Irak – ont été comptabilisés, dont 90 femmes et 140 enfants. Presque autant qu’à l’ouverture, en mars 2016. Entre-temps, leur nombre était descendu à 700, avant de bondir avec le démantèlement de la « jungle » de Calais : 300 migrants ont afflué à Grande-Synthe en octobre-novembre 2016 ; ils sont 250 de plus depuis les fêtes de fin d’année.

« Le camp est déclaré complet, mais il est poreux, les arrivées continuent de se faire, souligne Franck Spicht. Il nous faudait les renvoyer vers le 115 mais l’hébergement d’urgence est lui aussi saturé… »

Peut-on limiter l’accès à un camp dit humanitaire, fixer une « jauge » ou une durée maximum d’accueil ? Sollicités, ni la sous-préfecture, ni le ministère de l’intérieur n’ont répondu à la question.

Devant le Children Center du camp de la Linière, à Grande-Synthe (Nord), le 17 janvier.Le Woman Center, qui a brûlé accidentellement au cours du mois de janvier.Le camp de la Linière a ouvert ses portes en mars 2016 à l’initiative conjointe de la mairie de Grande-Synthe et de Médecins sans frontières.Les parents de S. et S., au « shelter » numéro 29. Ils sont iraniens et sont à la Linière depuis sept mois. Les enfants se sont fait chacun opérer du cœur en Iran. La grande sœur vient de subir une deuxième opération sur Lille il y a une quinzaine de jours. Elle est déjà debout et va à l'école.Après nous avoir invitées à rentrer dans son « shelter », la maman de S. et S. regarde des photos de ses enfants sur son téléphone.Ce 17 janvier à midi, six enfants montent dans le bus pour le collège, tandis que neuf autres partent pour l’école primaire Ferrer. Les enfants sont amenés au bus à l'entrée du camp pour aller à l'école par différents bénévoles ou associatifs.Le bus arrive à 13 heures pour venir chercher les enfants de la Linière et les déposer à l'école élémentaire ou au collège. Un des jeunes garçons redescend, car il apprend qu'il sera séparé de ses frères et sœurs.Ce jour-là, quatre enfants sont accueillis en grande section de maternelle. Les retrouvailles sont joyeuses et l'entraide est bien là.Les enfants sont répartis dans les différentes classes suivant leur âge.En grande section de maternelle, quelques mots d'anglais fusent entre les élèves.L'école élémentaire Franscico-Ferrer accueille les enfants du camp de la Linière les après-midi et les vacances scolaires.L’école Francisco-Ferrer accueille à la fois des enfants de Grande-Synthe (ici sur la photo) et des enfants du camp de la Linière, ainsi nommé à cause d’une ancienne usine de triage de lin qui lui fait face.

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Devant le Children Center du camp de la Linière, à Grande-Synthe (Nord), le 17 janvier.

LUCIE PASTUREAU POUR «LE MONDE»

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  • Mattea Battaglia
    Journaliste au Monde

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