L’innovation, cela s’apprend

Etre un manageur créatif et capable de gérer un projet ne s’improvise pas. Ecoles et universités forment ces profils très recherchés.n

Le « management de l’innovation » compte depuis 2014 parmi les 246 mentions ­officielles de masters. Une expression unique qui recouvre des réalités bien différentes, d’autant que, au-delà des universités, les grandes écoles proposent elles aussi des masters et mastères dans ce domaine.

Certaines formations, surtout à l’université, restent très pointues, avec pour objectif premier de compléter le savoir disciplinaire, comme à l’université Pierre-et-Marie-Curie (UPMC) : « Dans une université scientifique de ­recherche comme la nôtre, les étudiants ont un niveau théorique très élevé, mais ils peuvent rencontrer des difficultés à entrer en entreprise », observe Patrick Brézillon, responsable du master qui vise à « faciliter l’insertion professionnelle des étudiants en leur donnant une double compétence dans leur discipline et en management ».

De même, à l’université Paris-Est Marne-la-Vallée, le parcours MIPI (management, innovation de services et patrimoines immobiliers) est centré sur les projets immobiliers tout en apportant « des éléments de ­management pur, autour de la gestion d’équipe et des relations humaines », témoigne Margaux Aigle, diplômée en 2016.

Modules de tronc commun

D’autres formations, plus transversales, s’intéressent au processus d’innovation. Avec une différence entre les écoles d’ingénieurs, qui conservent une dimension technique assez marquée, et les écoles de commerce et les IAE (institut d’administration des entreprises) où le spectre d’application se veut plus large.

« Tous nos diplômés doivent être capables de comprendre les enjeux et l’écosystème de l’innovation », indique Jean-François Fiorina, directeur de Grenoble Ecole de management, qui a placé cette thématique au cœur de sa stratégie : le management de l’innovation est abordé sous l’angle académique, historique et économique dans des modules de tronc commun obligatoires en première année.

« Il faut montrer le chemin à parcourir, de la recherche d’idées à la mise en œuvre du projet, et permettre aux étudiants de maîtriser l’ensemble des éléments qui concourent à la réussite d’une innovation », souligne de son côté ­Améziane Aoussat, directeur du mastère spécialisé Manager l’innovation et le développement d’activité, cohabilité par les Arts et Métiers ParisTech et l’école d’ingénieurs CESI.

La gestion de projet est ainsi centrale dans ces formations qui s’attachent à donner des outils pratiques sur les questions de temporalité, de leadership et d’animation d’équipes, tandis que d’autres cours portent sur le marketing, la propriété intellectuelle, la comptabilité ou encore les RH.

« Gérer des futurs incertains »

En général, une partie de la formation est également consacrée à la créativité. « Nous avons étudié la théorie C-K [concept-knowledge] qui favorise l’émergence de nouveaux concepts », ­raconte Julie Lellouche à l’issue du master MTI (Management de la technologie et de l’innovation) cohabilité par l’université Paris-Saclay, Paris-Dauphine, les Mines ParisTech, l’Ecole normale supérieure (ENS) et l’Institut national des sciences et techniques nucléaires (INSTN). « Des ateliers de créativité et des missions de ­consulting en entreprise ont ­ensuite permis de mettre en application ce que nous avions vu en cours », précise la jeune femme, également diplômée de l’école d’ingénieurs Sup’Biotech.

« Les entreprises ont besoin de jeunes capables de susciter de l’ébullition et de gérer un projet jusqu’au produit fini, en intégrant une réflexion sur les nouveaux business models », analyse Jean-François Fiorina pour qui « l’innovateur d’aujourd’hui, ce n’est pas l’inventeur Géo Trouvetou. Pas plus que l’innovation ne se résume à créer un iPad ou un iPhone ». Loin de se cantonner à la technologie, l’innovation peut en effet concerner le marketing, l’organisation, les ­relations clients… « Au-delà de la formation, c’est une attitude qui est valorisée, constate Jacques Froissant, directeur général du cabinet de recrutement digital Altaïde. Les entreprises cherchent de vrais passionnés d’innovation qui regardent, testent et essaient de comprendre des environnements différents. »

Responsable du master Management de projet d’innovation et entrepreneuriat à l’Institut d’économie et de management de Nantes, Raphaël Suire s’attache à « former les étudiants à appréhender les grands enjeux, techniques ou sociétaux, qui bouleversent le monde actuel, et à apprendre à gérer des futurs incertains ».

Une vision qui se traduit par des séminaires, débats, ­controverses et projets sur des thématiques allant des villes intelligentes à l’innovation frugale, en passant par le fonctionnement du marché numérique à travers l’étude de Facebook et Snapchat. « Nous nous attachons à expliciter les ressorts et fondamentaux des modèles économiques sous-jacents », quel que soit le sujet, précise le responsable.

Aujourd’hui marketing manager au sein de la start-up Umanlife, qui propose un carnet de santé connecté, Julie Lellouche a le sentiment d’avoir « plus d’idées qu’avant ». « Je m’autorise à aller au-delà de ce qui semble a priori impossible, explique-t-elle. Ma formation m’a appris qu’on ne part jamais trop loin. »

  • Sophie Blitman

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