O21 : « S’orienter c’est avoir la capacité de trouver ce qu’on ne cherche pas »

Selon le spécialiste de la qualité des sites Web Elie Sloïm, l’orientation et les trajectoires de vie se jouent autant sur des choix que sur le hasard. Entretien.

Elie Sloïm, directeur de l’entreprise Opquast

Le numérique bouleverse le monde du travail et la capacité à se projeter dans le futur. Alors autant en profiter et en faire une force selon Elie Sloïm, l’un des invités de la conférence « A qui me fier ? Mes potes, mes notes, mes rêves ? » organisée dans le cadre d’O21 / s’Orienter au XXIe siècle, les 10 et 11 février à Cenon.

Après une maîtrise de chimie, il s’est spécialisé dans l’assurance qualité. D’abord dans le domaine du vin, puis dans celui des sites web. Il dirige aujourd’hui la société Opquast, qui delivre une certification de compétences dédiée aux professionnels du Web, proposée dans plus d’une vingtaine d’écoles du numérique. Entretien.

Les potes, la famille, les rêves, les erreurs… : qu’est ce qui détermine l’orientation ou les trajectoires de vie ?

Je pense que le hasard joue un rôle énorme. Ou plutôt la sérendipité : la capacité à trouver ce que l’on ne cherche pas. C’est ce qui se passe lorsqu’on navigue sur le web. Très souvent on commence à chercher des choses et puis on en trouve d’autres qu’on n’avait pas prévues. Cela vaut pour Internet comme pour les choix d’orientation ou de vie.

Dans les deux cas, ce phénomène nous oblige à lâcher prise, à se dire qu’on ne maîtrise pas tout. Il est important d’intégrer cela à son fonctionnement. De s’habituer à se dire, « c’est peut-être normal que je ne sache pas vraiment ce que je ferai dans quelques années, car ce qui est sûr c’est que je vais trouver des choses que je ne cherche pas ».

On ne peut pas seulement faire confiance au hasard, il faut bien à un moment faire des choix, avancer ses pions. Sur quoi ou sur qui peut-on alors s’appuyer ?

Sur soi-même avant tout. Mais pour cela il faut avoir de la confiance en soi. Mais celle-ci est compliquée à acquérir. Il faut d’abord apprendre à avoir de l’empathie envers soi-même, à s’arrêter parfois pour réfléchir, se regarder de l’extérieur pour juger les choix qu’on fait. Je dis souvent qu’il faut se créer, à l’intérieur de soi, un ange gardien qui conseille, qui aide, qui commente parfois ce qu’on fait, avec bienveillance.

C’est aussi une manière d’apprendre à se protéger, de se dire « méfie-toi, tu ne pourras pas tout le temps compter sur les autres pour te protéger, pour décider pour toi. Progressivement cet exercice permet d’acquérir cette confiance en soi qui facilitera les choix futurs.

Quand on réfléchit à son orientation, qu’elle importance doit-on accorder au diplôme ?

Dans certains cas, le diplôme peut-être un élément favorable dans la façon avec laquelle les gens vous regardent ou vous perçoivent. Mais selon moi le diplôme sert avant tout à améliorer la façon dont on se perçoit soi même. À se dire « j’ai été capable d’obtenir cela. J’ai cette reconnaissance et ce niveau. Je vaux “au moins” cela et donc je vais être capable de faire plein d’autres choses ».

Les jeunes qui ont des difficultés scolaires oui qui ne pensent pas être à la hauteur peuvent se dire qu’« avoir » un diplôme c’est juste pareil que « débloquer un niveau » dans un jeu vidéo.

Un emploi salarié dans une entreprise classique : ce modèle ne fait plus vraiment rêver les jeunes. Est-il dépassé ?

Je vois tous les jours comment le numérique accélère et modifie la société dans laquelle on vit. La robotisation et l’automatisation ont déjà changé le travail, le numérique continue à accélérer le mouvement.

Dans ce contexte, j’ai énormément de doutes sur la capacité de la société à créer indéfiniment du travail pour tout le monde. Le numérique va supprimer beaucoup d’emplois. Le binôme travail/salaire pour avoir une dignité dans la société sera remis en cause dans le futur. Il faudra alors trouver une solution. Je regarde attentivement les débats autour du revenu universel.

  • Séverin Graveleau
    Journaliste au Monde
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