« Toujours plus d’élèves en classe, mais toujours moins d’heures »

Au procès de l’école, des professeurs témoignent. Pour François Chipot, enseignant de mathématiques en collège dans les Landes, « il faut redimensionner les activités ».

Se référer à « l’école d’antan » n’a rien de nouveau, rappelle François Chipot : « Cela fait un siècle qu’on entonne un refrain nostalgique sur l’école, et c’est bien pour cela que je ne lui apporte pas trop de crédit. » Pour cet enseignant de mathématiques en collège, bientôt quarante ans de métier – dont vingt ans dans les Landes –, se focaliser sur la « question du niveau », c’est prendre le risque de passer à côté de la « vraie problématique ». Il la résume en une équation : « Toujours plus d’élèves en classe, mais toujours moins d’heures à leur consacrer en mathématiques… vous tenez la raison pour laquelle nos résultats se dégradent ! »

Dans son collège rural, face à ses élèves, il n’a pas le sentiment d’être moins exigeant que par le passé, mais il doit, explique-t-il, simplement « être réaliste » : « Les gamins qu’on accueille ont passé moins de temps à étudier les mathématiques, et on sait qu’on va leur consacrer moins d’heures au collège… Alors oui, on est forcément bienveillant ! » Un état d’esprit que l’institution encourage, notamment dans les consignes de correction. « Il suffit que l’élève écrive le mot “Pythagore” sur sa copie pour qu’on valide la compétence. Même s’il n’explique pas son raisonnement, même s’il ne différencie pas la cause de la conséquence, on considère que c’est acquis. »

« On a aujourd’hui face à soi la quasi-totalité d’une classe d’âge… et c’est tant mieux ! souligne-t-il. On ne peut que se réjouir de laisser de moins en moins d’enfants sur la touche. Mais ça implique un suivi plus poussé. Et quand on a 28 ou 30 élèves par classe, comme c’est presque devenu la norme, ce n’est pas simple ! » Surtout quand, dans le même temps, le gouvernement joue au chamboule-tout avec le collège unique : « Trop de choses changent en même temps depuis la rentrée », déplore François Chipot. Les programmes scolaires – même si, dans sa discipline et à son niveau, il n’identifie guère de bouleversement en dehors de l’introduction de l’algorithmique –, mais aussi les horaires, les pratiques, l’évaluation, le brevet… « La mise en œuvre de tout, simultanément et à tous les niveaux, peut sembler excessive. »

Il reconnaît s’être adapté : « Il y a des tâches que je ne fais plus. Des choses qu’on prenait le temps de démontrer en classe, on va simplement les admettre. Il nous faut redimensionner les activités, d’autant que d’autres ont fait leur apparition en classe, notamment grâce aux nouvelles technologies. » Dans sa discipline, les tableurs, les logiciels de géométrie dynamique et de programmation sont, dit-il, des outils qui enrichissent l’enseignement. Mais l’écueil reste le même : « Il est plus facile d’en tirer profit avec un groupe de 15 élèves que face à 30 ! Je suis persuadé qu’un élève qui passerait deux heures en classe dans un groupe de 15 apprendrait davantage qu’en quatre heures dans un groupe de 30. Ce serait une réforme à budget constant qui améliorerait le climat de travail en collège. »

La récente mise en place d’un « cycle 3 » (CM1-CM2-6e) pourrait, dit-il, s’accompagner d’aménagements bénéfiques. « On demande aux professeurs des écoles d’être polyvalents. Pourquoi ne pas mettre face aux écoliers deux ou trois enseignants ayant des spécialités littéraires, scientifiques, artistiques ou sportives ? Le passage à neuf ou dix enseignants en 6e serait d’autant plus facile à aborder pour les enfants. »

  • Mattea Battaglia
    Journaliste au Monde

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