Avec le groupe Inseec et AD Education, BpiFrance investit l'enseignement supérieur

L’enseignement supérieur privé aiguise l’intérêt des investisseurs privés… mais aussi publics, à l’image de Bpifrance. José Gonzalo, directeur exécutif fonds propres mid & large caps de la banque publique d’investissement, revient sur cette stratégie, à l’occasion de la conférence EducPros du 23 février.

L'ESCE (École supérieure du commerce extérieur).

En 2016, BpiFrance s’est inséré sur le marché de l’enseignement supérieur en participant au rachat du groupe Laureate aux côtés d’Apax. // © ESCE

L’enseignement supérieur privé aiguise l’intérêt des investisseurs privés… mais aussi publics, à l’image de Bpifrance. José Gonzalo, directeur exécutif fonds propres mid & large caps de la banque publique d’investissement, revient sur cette stratégie, à l’occasion de la conférence EducPros du 23 février.

José Gonzalo, directeur exécutif Mid & Large Cap chez bpifrance.Bpifrance a choisi d’investir dans l’enseignement supérieur privé. Pourquoi ?

Dans une perspective de diversification de nos actifs, nous avons en effet décidé, il y a deux ans, d’investir dans le secteur de l’éducation, au même titre que celui de la santé ou encore des énergies renouvelables.

L’enseignement supérieur privé est en France un marché très riche, qui comprend quelques beaux actifs et une multitude d’acteurs plus modestes, qui, par leur diversité aussi bien de nature que de positionnements, offrent de belles opportunités.

C’est aussi un secteur sur lequel nous nous sentions légitimes. En tant que banque publique, nous investissons toujours comme actionnaire minoritaire et en co-investissement avec des fonds privés. Nous sommes par ailleurs en mesure de leur faire profiter du large réseau d’entreprises que nous soutenons.

Enfin, en investissant dans des écoles, nous contribuons au développement des régions. Bpifrance est une banque régionalisée avec 47 implantations sur le territoire.

Pour votre premier investissement, pourquoi avoir choisi de participer au rachat des écoles du groupe Laureate, aux côtés d’Apax ?

Depuis deux ans, nous avons entamé un dialogue avec tous les fonds afin de comprendre leur stratégie. Apax, qui avait déjà investi en 2013 dans l’Inseec, avait un objectif de consolidation qui coïncidait bien avec notre mission.

Leur approche aussi nous plaisait. Lorsque nous prenons des parts dans une structure, nous aimons bien avoir une histoire à raconter. Le rachat des écoles du groupe Laureate, très complémentaires de celles de l’Inseec, avait beaucoup de sens d’un point de vue industriel.

Le groupe Inseec a apporté un réseau de campus en région et à l’international, qui manquait aux écoles Laureate (campus Eiffel). Et, inversement, ces dernières lui ont fait bénéficier de son expertise en matière de digital et d’e-learning. La digitalisation et l’internationalisation sont les deux grands défis actuels pour l’enseignement supérieur.

Vous parlez de « complémentarité », mais le nouveau groupe né de ce rachat comprend trois écoles de management (Inseec, EBS, ESCE), dont deux rien que sur le segment postbac, un marché très concurrentiel. Ne craignez-vous pas une forme de cannibalisation ?

Nous sommes contents de notre investissement. Ces écoles sont bien gérées et ont du potentiel. Sur le marché postbac, l’EBS et l’ESCE ont chacune trouvé leur créneau : la première est tournée vers l’entrepreneuriat, tandis que la seconde, spécialisée en commerce extérieur, a un prisme plus international. 

Plus largement, la mutualisation des infrastructures et des expertises sera génératrice de valeur. La présence d’une école d’ingénieurs, l’ECE, parmi ces écoles a fortement pesé dans la balance.

Cette dernière a montré à travers son incubateur sa capacité à faire émerger des start-up. La possibilité de croiser les compétences de ces élèves ingénieurs avec les autres spécialités du groupe ouvre en outre des perspectives intéressantes en matière d’innovation, et également en matière de formation. En tant que banque publique, nous avons à cœur que nos élèves trouvent du travail à la sortie !

En tant que banque publique, nous avons à cœur que nos élèves trouvent du travail à la sortie !

En novembre 2016, vous avez également pris des parts au côté du fonds Cathay dans le groupe AD Education, assez différent par ses spécialités du groupe Inseec. Ne craignez-vous pas l’éparpillement ?

Au contraire, c’est une prise de participation mûrement réfléchie. Après un examen attentif du marché, nous avons identifié le groupe AD Education, à la tête notamment des Écoles de Condé, comme une cible intéressante. Ses spécialisations dans les métiers de la création – design, publicité, gemmologie ou parfumerie –, emblématiques du savoir-faire français, nous ont intéressés, d’autant qu’elles complétaient bien celles de l’Inseec.

Nous avons pris contact avec ses fondateurs en leur expliquant ce que nous pouvions lui apporter : un investissement minoritaire de long terme, avec la possibilité de rester au capital même si le co-actionnaire s’en allait, des éléments rassurants pour un groupe qui ouvrait son capital pour la première fois. 

AD, qui cherchait justement des investisseurs pour accompagner la poursuite de son développement à l’international, a été convaincu de notre démarche et a cherché un fonds classique pour investir à nos côtés, en l’occurrence Cathay.

Qu’entendez-vous par le développement à l’international d’AD Education ?

Le groupe a commencé à créer des écoles en Italie et envisage de nouvelles acquisitions ailleurs en Europe.

Plus largement, l’international intéresse Bpifrance, mais le marché est très concurrentiel et reprendre une école pour reprendre une école n’aurait pas d’intérêt. Nous fondons désormais notre stratégie d’investissement sur la consolidation de nos deux pôles existants : l’Inseec d’un côté, et AD Education de l’autre.

C’est-à-dire ?

Nous conseillons aux structures plus modestes qui nous sollicitent régulièrement de commencer par discuter avec la présidente du groupe Inseec, Catherine Lespine.

Avant d’envisager quoi que ce soit avec une école, nous avons besoin de savoir si cela pourrait constituer un investissement intéressant dans une logique de consolidation. Un certain nombre de composantes du groupe Inseec mériteraient d’être renforcées, dans une logique d’hybridation des compétences.

Apax a acheté l’Inseec en 2013. Ne pourrait-il pas être tenté de le revendre bientôt ?

Non, je ne crois pas. Apax a une stratégie de croissance sur le long terme et devrait rester actionnaire encore quelque temps, afin de développer le groupe.

Êtes-vous intéressés par les EdTech ?

Ce volet est plutôt du ressort de la direction de l’innovation, mais notre mission consiste aussi à créer des synergies entre les organisations au sein desquelles nous investissons. Nous pourrions par exemple faire profiter l’Inseec du savoir-faire d’Open Classrooms [dans laquelle Bpifrance a investi en 2016] et inversement. Bpifrance est à la tête d’un écosystème extraordinairement riche.

Bpifrance

Filiale de l’État et de la Caisse des Dépôts, Bpifrance est une banque publique d’investissement qui accompagne les entreprises de toutes tailles, de l’amorçage à la cotation en bourse, en crédit, en garantie et en fonds propres.
Forte de ses 47 implantations régionales, elle assure également des missions d’accompagnement et de soutien à l’innovation, à la croissance externe et à l’export.

Marché de l’éducation et stratégies financières, prochaine #confEP
Dans un contexte budgétaire global difficile, de nouvelles manières d’investir dans la formation et de nouveaux acteurs privés apparaissent dans le secteur de l’enseignement supérieur. Qui sont ces nouveaux acteurs, quels sont leurs objectifs à court et à long termes, et, surtout, comment interagir avec eux pour le bénéfice de son établissement ? 

Le 23 février, la conférence EducPros sera dédiée aux nouveaux business models du secteur éducatif, avec de nombreux retours d’expérience sur de nouvelles initiatives pour collecter des fonds et investir intelligemment. 

Plus d’informations sur l’événement

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