O21 : « Dans l’informatique, cultiver la parité homme-femme est essentiel »

Roland Hemmer, 22 ans, étudiant à Epitech Bordeaux, promeut la parité homme-femme dans les métiers de l’informatique. Entretien.

Roland Hemmer, membre de l’association E-mma, invité d’O21 / s’orienter au 21e siècle, les 10 et 11 février, à Cenon (Gironde).

Les entreprises françaises du numérique emploient seulement 33 % de femmes, alors que celles-ci représentent 53 % des salariés pour l’ensemble de l’économie, selon une récente étude. Pour faire bouger les lignes, l’association E-mma se rend dans les collèges et les lycées avec un discours simple : l’informatique n’est pas un secteur de « geeks » réservé aux hommes.

Entretien avec l’un de ses membres, Roland Hemmer, étudiant à l’Epitech Bordeaux, à l’issue de sa participation à la conférence « A qui me fier ? Mes potes, mes notes, mes rêves ? » organisée dans le cadre d’O21/s’orienter au 21e siècle, les 10 et 11 février à Cenon (Gironde), près de Bordeaux. Une conférence sur le même thème aura lieu lors d’O21 Paris, les 4 et 5 mars. (Inscription gratuite, places limitées.)

En quoi promouvoir une meilleure représentation des femmes dans le secteur de l’informatique ne s’inscrit pas seulement dans une démarche d’égalité ?

Cela permet aussi de confronter à des manières de réfléchir différentes. A Epitech, par exemple, il m’est arrivé de faire partie d’un groupe de travail uniquement masculin. Le groupe concurrent, où il y avait une femme, avait abordé le problème de façon complètement différente. Ils ont trouvé la solution, alors que nous, non. Dans l’informatique, cultiver la diversité est essentiel.

Comment faire en sorte que davantage de jeunes femmes étudient la programmation informatique ?

En luttant contre les stéréotypes de genre, qui sont encore très répandus. Pendant un échange universitaire à Dublin, en Irlande, un professeur m’a dit : « L’informatique c’est pour les hommes parce qu’il faut être intelligent. » C’est terrible parce que si une femme a envie de travailler dans l’informatique, mais qu’elle est confrontée à du sexisme, cela risque de la dégoûter.

A quel moment de la vie se joue l’apprentissage de la parité homme-femme au travail ?

Pour notre association, dès l’adolescence. En entreprise, la tâche est beaucoup plus compliquée. On a 20 ans et on est face à des personnes de 40 ans. Notre parole a moins de poids. Ce qui est dommage parce que le sexisme sur le lieu de travail touche des femmes de tous âges. On pourra plus facilement faire évoluer l’entreprise quand les collégiens d’aujourd’hui y travailleront.

Comment se déroulent vos interventions ?

On rencontre les jeunes, garçons comme filles. Ceux qui pensent que l’informatique est réservée aux hommes répètent ce qu’ils ont entendu dans leurs familles ou de la part de leur conseiller d’orientation. Les ateliers d’initiation à la programmation sont notre activité principale. Ils permettent aux collégiens et lycéens de se forger une idée concrète du métier. Là, certaines filles se rendent compte que le code leur plaît et les mentalités évoluent.

Les débats sur la place des femmes dans l’informatique surgissent au fil des ateliers. On dit aux jeunes : « L’informatique, c’est pour tout le monde. » Mon souvenir le plus marquant est celui d’un élève de première, en désaccord profond avec l’activité de l’association. Il nous a dit de façon très virulente que pour lui les femmes seraient toujours inférieures aux hommes. Après un moment passé à discuter, son meilleur ami est intervenu pour témoigner du sexisme dont sa sœur, juriste, était victime. Ce n’est même pas nous qui l’avons raisonné, on a simplement amené une possibilité de réflexion. On s’attache à remettre en question les stéréotypes intériorisés, sans jamais forcer personne.

Participez à « O21, s’orienter au 21e siècle »

Comprendre le monde de demain pour faire les bons choix d’orientation aujourd’hui : après Lille, Cenon (près de Bordeaux) et Villeurbanne, Le Monde organise O21 / s’orienter au 21e siècle à Paris (samedi 4 et dimanche 5 mars, à la Cité des sciences et de l’industrie). Deux jours pendant lesquels lycéens et étudiants peuvent échanger avec des dizaines d’acteurs locaux innovants, qu’ils soient de l’enseignement supérieur, du monde de l’entreprise ou des start-up.

Pour participer à une ou plusieurs conférences et ateliers, il suffit de s’inscrire gratuitement en ligne, à O21 Paris. Le ministère de l’éducation nationale étant partenaire de l’événement, les enseignants et établissements peuvent y emmener leurs élèves sur le temps scolaire. Pour les classes ou les associations, les inscriptions s’effectuent de façon groupée par l’envoi d’un simple e-mail à l’adresse [email protected]

Lors de ces événements sont également diffusés des entretiens en vidéo réalisés avec trente-cinq personnalités de 19 ans à 85 ans qui ont accepté de traduire en conseils d’orientation pour les 16-25 ans leur vision du futur.

Placé sous le haut patronage du ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, O21 est également soutenu, au niveau national, par quatre établissements d’enseignement supérieur (Audencia, l’Essec, l’Epitech, et l’alliance Grenoble école de management – EM Lyon). Localement, l’événement est porté par les conseils régionaux des Hauts de France, de Nouvelle Aquitaine et d’Ile-de-France, les villes de Cenon et de Villeurbanne et des établissements d’enseignement supérieur.

  • Paloma Soria
    Journaliste au Monde

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