À Rennes, l'échec de l'Isite accélère le projet d'Université intégrée

Seul projet Isite retoqué dans le cadre de la vague 2 du PIA 2, le site rennais accuse le coup, depuis l’annonce des résultats. Malgré le choc, les acteurs locaux entendent mener à bien le projet de création d’une université intégrée défendu devant le jury. Et comptent accélérer le calendrier de mise en œuvre.

Université Rennes 1

Plus que de fusion, les acteurs rennais préfèrent évoquer un nouveau modèle d’université intégrée, dont les contours restent à définir. // © Jean Claude MOSCHETTI/REA

Seul projet Isite retoqué dans le cadre de la vague 2 du PIA 2, le site rennais accuse le coup, depuis l’annonce des résultats. Malgré le choc, les acteurs locaux entendent mener à bien le projet de création d’une université intégrée défendu devant le jury. Et comptent accélérer le calendrier de mise en œuvre.

C’est le seul projet à avoir été recalé. Sur les neuf regroupements en lice pour décrocher un Idex ou un Isite dans le cadre de la seconde vague du PIA 2, seul l’Isite « ForUniv », porté par le pôle rennais, n’a pas convaincu le jury international. L’annonce a été faite le 24 février 2017.

« Une semaine a passé mais cela reste une immense déception, un vrai choc pour nous tous, confie David Alis, président de l’université Rennes 1. Un choc pour les chefs d’établissement, mais également pour nos communautés, pour nos partenaires, qui sont tous stupéfaits de ce résultat. »

Pour les établissements rennais, cette non-sélection est la dernière d’une longue série. Jusqu’en 2015, les universités de la ville avaient porté un projet d’Idex commun avec Nantes, Angers, Le Mans, Brest et Lorient. Un projet qui avait été recalé par le jury. En mars 2016, le site rennais avait alors décidé de déposer seul un projet d’Isite, tout comme Nantes et Brest.

le mode de gouvernance mis en cause

Si les porteurs du projet Isite ont le souffle coupé par la décision annoncée le 24 février, c’est que cette dernière « ne repose que sur les aspects de gouvernance du dossier« , constate David Alis. « Nous avons obtenu les meilleures notes en matière de qualité scientifique, se désole le président. L’ambition scientifique a recueilli quatre notes A, notre offre de formation, large, attractive, a également été appréciée. Nous tombons ‘juste’ pour ce critère de gouvernance, en obtenant deux notes C… »

Dans son évaluation, le jury a loué en effet l’intérêt scientifique du projet, tout comme les bons taux d’insertion des diplômés, ou l’implication forte en matière de pédagogie innovante. En revanche, il a regretté « qu’aucune preuve n’ait été fournie quant à la mise en place d’une gouvernance intégrée d’ici 2019, ni que le projet serait largement accepté par la communauté universitaire. »

Le projet porté par Rennes s’appuyait en effet sur un modèle d’université intégrée, dont les contours restaient tout de même à définir. Le 10 février dernier, soit dix jours avant l’audition du jury international Idex/Isite, les deux universités avaient annoncé ce rapprochement inédit, dans un contexte de reconfiguration du paysage de l’Ouest de la France. « Les deux universités rennaises, l’ENS, Chimie Rennes, l’Insa et Sciences po se sont engagées dans la création d’un nouvel établissement intégratif de type expérimental dès 2019« , déclaraient alors les établissements dans un communiqué.

« Le périmètre sur lequel nous avons travaillé nous semble cohérent, tant en matière de champs disciplinaires que de types d’établissements associés, argumente Olivier David, président de Rennes 2. D’autant plus qu’il se construit sur un socle de collaborations existantes déjà riches. Ce qui rend la décision du jury encore plus injuste… Mais peut-être aurions-nous dû plus approfondir les statuts de ce modèle expérimental. »

« Nous avons manqué de temps, concède pour sa part David Alis, qui aurait souhaité obtenir une période probatoire pour avoir le temps de peaufiner le projet. C’est la première fois que nous répondions seul à un appel à projet Idex/Isite, contrairement à d’autres regroupements, tels que Montpellier ou Lyon. Quelques mois supplémentaires auraient été nécessaires pour préciser les rôles de chacun, les subsidiarités, les niveaux de décisions, etc. »

pas d’isite mais une grande université de rennes

L’échec à l’Isite, bien que douloureux, ne marque pas pour autant la fin du projet de regroupement rennais. « Certes, ce dernier était adossé à une demande de dotations, reconnaît Olivier David. La question du financement du projet sans le budget de l’Isite peut donc se poser. Nous pensons que nos complémentarités sont une force, ce qui nous encourage à poursuivre sur la voie empruntée. »

Il faut que chacun puisse voir en interne comment l’échec a été pris en compte et comment nous pouvons rebondir.
(M’Hamed Drissi) 

Sur le terrain, il va falloir rassurer, expliquer, remobiliser. Les chefs d’établissement en ont conscience et s’y préparent. « Il faut que chacun puisse voir en interne comment l’échec a été pris en compte et comment nous pouvons rebondir« , explique M’Hamed Drissi, directeur de l’Insa Rennes. Le 10 février, les établissements annonçaient s’être fixés l’année 2019 comme échéance, pour la création de la « nouvelle université ».

Le 3 mars, une première réunion « post-Isite » a rassemblé tous les acteurs du dossier. En ressort la volonté d’aller vite. « Les jalons fixés dans le cadre du PIA 2 sont désormais caducs. Nous avons compris qu’il fallait accélérer les choses, tout en veillant à embarquer l’ensemble des établissements », note Olivier David. « 2019 me paraissait déjà très tardif, affirme David Alis. Si l’échéance peut être avancée à 2017, ce serait bien. Je pense que nous sommes prêts. »

Dans un communiqué commun publié ce 3 mars, les établissements s’engagent ainsi « à tout mettre en œuvre pour créer rapidement l’Université de Rennes, de type intégratif, en association avec leurs partenaires. »

un calendrier qui devrait s’accélérer

Avec cette grande Université, la question de la fusion de Rennes 1 et Rennes 2 se pose-t-elle de nouveau ? Envisagée il y a trois ans, le rapprochement institutionnel des deux établissements avait été enterré en 2015, après de forts remous à Rennes 2. Des remous qui avaient conduit une majorité du conseil d’administration à démissionner.

« Aujourd’hui, l’université intégrée prévoit d’associer les différents membres, dont les deux universités, dans leur intégrité morale et juridique, précise Olivier David. C’est à nous d’affiner ce modèle, en examinant toutes les possibilités. Si nous partons bille en tête sur une hypothèse de fusion, nous reprenons le risque couru entre 2013 et 2014, de ne plus réfléchir en termes de site. »

Les prochaines semaines s’annoncent cruciales pour le regroupement rennais, qui veut aller « plus loin, plus vite, plus fort« , selon le président de Rennes 1 : « Nous croyons en notre projet. Désormais, il faut qu’on nous fasse confiance pour le concrétiser… »

Entre volonté d’accélération et de freinage du projet…
Dans un communiqué publié le 24 février 2017, la maire de Rennes, Nathalie Appéré, le président de Région, Jean-Yves Le Drian, et le président de Rennes Métropole, Emmanuel Couet, se sont ému du rejet du dossier local : « C’est une grande déception pour tous les acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche, et pour notre territoire », ont-ils précisé, avant d’inciter les établissements à accélérer le processus de regroupement. « Cette évaluation défavorable du système de gouvernance proposé par les acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche doit conduire chacun, grandes écoles comme universités, à travailler à un rapprochement plus étroit entre les différents établissements universitaires. »De leur côté, et à l’inverse des élus locaux, les organisations syndicales et étudiantes de Rennes 2 (Snesup-FSU, Ferc-CGT et Unef) ont réagi à cet échec en demandant « l’arrêt des projets Idexla confirmation qu’une fusion des universités rennaises n’est pas à l’ordre du jour, et un financement à hauteur des besoins des établissements d’enseignement supérieur rennais ».

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