Cours de socio express : comment interpréter les conflits sociaux ?

Que vous prépariez un bac ES, le concours commun des IEP ou un autre concours Sciences Po, ou tout simplement, que vous souhaitiez étendre vos connaissances, ce dialogue imaginaire entre un prof (Bastien) et ses élèves vous aidera à comprendre une notion importante en économie ou en sociologie, en moins de trois minutes. Aujourd’hui, différentes façons de considérer les conflits sociaux.

Salon post-bac sur les formations du supérieur. Il faudra bientôt repartir. Bastien veut rejoindre au coin café, quelques collègues féminines. Il cherche à éviter monsieur Roche, un chef d’entreprise, père d’une de ses élèves.

Surgi dans son dos, Monsieur Roche apostrophe Bastien:

–  Alors, comment va Monsieur le professeur de SES?

–  Bien, dit Bastien. Il ajoute de manière peu glorieuse:

–  Je vous ai aperçu à un stand, j’allais venir vous saluer.

–  Dites donc, j’ai failli tomber de ma chaise, quand Florine m’a raconté que vous lui aviez expliqué la grande utilité des conflits sociaux.

Bastien est sur la défensive.

–  Vous savez, j’ai un programme à faire, je ne raconte pas ce qui me fait plaisir. Dans ce chapitre, nous cherchons à préciser 4 points de vue, plus complémentaires qu’opposés sur les conflits sociaux.

–  Et donc le conflit social, c’est bon?

–  C’est un point de vue. Des auteurs comme Simmel ou Coser montrent leur utilité. Après tout, un conflit c’est une interaction avec d’autres groupes sociaux. Cela crée un minimum de dialogue, de lien. Il faut savoir sortir d’un confit. On trouve des règles, des procédures, pour sortir des conflits et éviter l’explosion sociale.

Monsieur Roche se gratte la tête. Bastien poursuit.

–  Le conflit est producteur d’identité , de solidarité en faisant apparaître le sentiment d’appartenance à un groupe. Le conflit est un facteur de cohésion sociale.

Monsieur Roche continue à se gratter le peu de cheveux qui lui reste. Il avoue qu’il  a été plus convaincu par la vision de Durkheim.

–  Il parle de pathologie sociale, si j’ai bien compris?

Bastien confirme:

–  Oui, Il dit certes que dans toute société, le crime  et le conflit sont normaux, au sens d’inévitables. En revanche, s’ils  se multiplient ou si leur intensité est très forte, ils menacent le fonctionnement de la société. On est ci dans une approche sociologique, dite fonctionnaliste de la société. La société est vue comme un corps biologique, dont chaque organe a une fonction. Cela sous -entend une vision consensuelle de la société, les ruptures profondes suite à des conflits pourraient la menacer ce qui est contestable, par exemple, si on prend l’exemple de Mai 68. Il y a eu des ruptures, des métamorphoses, mais pas d’effondrement de la société, elle a évolué.

Bastien espère pouvoir clore cette conversation. Sa jolie collègue Léa l’invite en passant, à se dépêcher s’il veut boire un café. Implacable, Monsieur Roche sort l’artillerie lourde.

–  Ah, par contre Marx, c’est sûr que les profs ne vont pas l’oublier.

Agacé, Bastien reprend.

–  Enfin Monsieur Roche, vous n’allez pas me resservir les fadaises sur tous les profs qui sont à gauche et ne jurent que par Marx, ce que doit penser le patron du Medef.

–  Je n’ai pas dit ça, et vous allez à nouveau me parler du programme.

–  Ben oui. Le programme nous demande d’expliquer que le conflit social est souvent moteur du changement social. S’il y a des conflits, c’est qu’il y a des problèmes. La société doit trouver des solutions, et c’est ainsi que le droit du travail s’est construit, et que la protection sociale s’est fortement développée.

–  D’accord, mais Marx, c’est le 19 ème siècle!

–  On ne peut le contester, mais il faut comprendre la démarche des sciences humaines. Il s’agit de s’appuyer sur les travaux fondateurs.  En revenant à la logique marxienne, on cherche à comprendre la place du conflit dans le changement social, et il est vrai que Marx fait de la lutte des classes le principal moteur de la transformation des sociétés.

–  Oui, mais Marx, Marx…

Bastien a envie de lui dire qu’il se répète, voire qu’il radote. Plus diplomate, il poursuit:

–  On ne reste pas scotché à Marx. On a une approche plus subtile des conflits sociaux, on actualise le discours. Par exemple, Touraine …

–  Touraine, comme la ministre de la santé?

–  Oui, c’est son père. Il décrit l’essoufflement du mouvement ouvrier, et cherche à comprendre quels mouvements sociaux (féministe? écologiste?) pourraient contribuer à transformer en profondeur la société.

Monsieur Roche, sceptique quand on met en avant Marx doit être en surchauffe. Il prend congé rapidement. Bastien peut enfin se diriger vers le coin café. Il constate que ses collègues ont déjà rejoint le bus. Ce qu’il lui reste à faire. Il aurait bien terminé son échange avec le père de son élève. Il aurait ajouté:

–  Non, il n’y a pas que la lutte des classes, il y a aussi beaucoup de conflits qui ne cherchent pas à faire évoluer la société. On recherche le statu quo, le maintien de la situation. Les exemples ne manquent pas. Bien sûr, qu’il y a des conflits pour qu’on ne touche pas au  CDI, au statut des fonctionnaires, à l’âge de la retraite, mais les salariés ne sont pas les seuls à se battre.  Les chauffeurs de taxi, les agriculteurs qui ne veulent pas qu’on réduise leurs subventions, sont souvent dans la rue. Les chefs d’entreprise Monsieur Roche, aurait insisté Bastien, qui ne veulent pas qu’on généralise demain l’impôt à la source ou hier qu’on développe les éco taxes se font entendre et manifestent.

Tout ça Bastien n’a pas pu le dire, et il n’a même pas pu boire son café en galante compagnie.

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