Violences dans les lycées de Saint-Denis : un « seuil symbolique » a été franchi

Au lycée Suger, des enseignants témoignent d’une situation tendue, au-delà des incidents du début de semaine. Huit mineurs devaient être présentés à un juge jeudi.

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La Matinale du 08/03/2017
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Le lycée Suger de Saint-Denis (image d’archive).

Mercredi 8 mars au matin, le lycée Suger de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) est ouvert, mais les élèves n’arrivent qu’au compte-gouttes. « L’établissement est quasi vide », assurent cinq jeunes filles, en classe de seconde, qui viennent de passer une heure avec leur professeure de français. Pas pour faire cours, disent-elles, mais pour mettre des mots sur ce qui se passe, depuis deux jours, aux abords et au sein de leur lycée polyvalent de 1 300 élèves, en bordure de la cité des Francs Moisins.

Des affrontements qui ont opposé, lundi et mardi, des groupes de jeunes et les forces de police, il reste quelques traces : des parpaings au sol ; des bris de verre là où les fenêtres de l’établissement ont été ciblées. Celles de la salle des professeurs, principalement. « On a beau savoir que ces violences ne nous visent pas personnellement, c’est dur de ne pas le prendre pour soi », lâche Romain Testard, enseignant en sciences économiques. « Dix jets de pierre ont fendu l’air, l’un d’eux n’est pas passé loin de ma tête », souffle Aurélie Gigot, enseignante d’anglais.

Un « seuil symbolique » vient d’être franchi dans « l’escalade de la violence » qu’ils éprouvent, au lycée, depuis des mois, racontent-ils. En septembre, c’est l’agression d’un surveillant qui avait mis le feu aux poudres. Ces jours-ci, si l’« affaire Théo » a sans doute pu jouer comme un déclencheur, à l’image des blocus d’établissements organisés en région parisienne ces dernières semaines pour dénoncer les violences policières, ce n’est pas selon eux le problème de fond.

« On est dans une institution scolaire qui ne remplit plus ses missions et qui met les gamins en situation d’échec », analyse un personnel du lycée. « Les pouvoirs publics se renvoient la balle, distinguant violences scolaires et violences urbaines, le lycée de la cité, « nos » élèves et « ces » jeunes, mais les frontières sont perméables », martèlent des professeurs. « Si l’institution n’écoute pas les lanceurs d’alerte sur la situation dans les banlieues, reprend Aurélie Gigot, si elle refuse toute réflexion de fond sur les inégalités territoriales, on va dans le mur ».

55 jeunes en garde à vue

Les murs du lycée, mardi matin, des jeunes en colère les ont franchis. La veille, ils avaient tenté d’en bloquer l’accès, brûlant des poubelles puis caillassant des fenêtres… Vingt-quatre heures plus tard,…

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Le lycée Suger de Saint-Denis (image d’archive).

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