Pédagogies alternatives : trois documentaires pour y voir clair

Photo : JJ Thompson

Les pédagogies alternatives sont sur le devant de la scène médiatique depuis la publication de l’ouvrage de Céline Alvarez. Si ce dernier est au coeur de nombreux débats, plusieurs films documentaires réalisés ces derniers mois proposent des immersions intéressantes dans ce qui se passe dans plusieurs classes de France. Découverte.

Une idée folle

La commande d’une série de films courts sur les établissements scolaires soutenus par le programme éducation de l’association Ashoka est à l’origine de ce documentaire. « Je me préoccupais de ces sujets depuis les attentats de janvier 2015 quand l’ONG m’a sollicitée », confie la réalisatrice, Judith Grumbach, « et quand nous avons fait les premiers tournages en avril 2015, j’ai rapidement compris qu’on pouvait faire bien plus ! » Elle complète alors son premier tournage, ajoute des interview d’experts comme François Taddei et Emmanuel Davidenkoff et finalise… une idée folle !

Objectif : interroger le rôle de l’école au XXIème siècle, et surtout « mettre en avant les enseignants qui cultivent empathie, créativité, coopération, prise d’initiative ou encore confiance en soi et esprit critique de leurs élèves afin de former une future génération de citoyens épanouis et responsables qui auront à cœur de transformer positivement la société qui les entoure« , résume le synopsis du film (et la bande annonce ci-dessous) :

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Dans ce film, on est marqué par la maturité et l’assurance des enfants qui témoignent. « Les enfants développent une confiance en eux qui m’a profondément marquée« , remarque Judith Grumbach avant d’ajouter, convaincue, qu’elle aurait sans doute gagné dix ans avec une telle école… Mais bien plus encore, « le plus frappant c’est qu’on se projette dans l’idée de à quoi pourrait un société si tous les enfants étaient passés par là » ajoute-t-elle.

On comprend aussi à quel point il est crucial de dissocier instruction et éducation, et cesser d’opposer compétences et savoirs. « Avoir le droit de se déplacer, de prendre des décisions, de se tromper, d’être en mesure de créer, développer une estime de soi, etc. sont autant de capacités promues dans ces écoles. La solidarité s’éprouve, ce n’est pas un concept ! » justifie Judith Grumbach en regrettant que l’apparition, dans le programme scolaire, de termes comme « bienveillance » ou « coopération » ne soient pas suivi des moyens nécessaires pour y arriver…

Le film, déjà projeté dans les villes situées aux environs des établissements scolaires en janvier 2017, va être projeté ce mardi 7 mars au Forum des Images, à Paris, puis lors de projections citoyennes organisées partout en France. « Nous avons de très bons retours et l’engouement autour du film reflète un mouvement de fond » précise Judith Grumbach, qui, face à ce succès, a lancé un groupe Facebook destiné à prolonger la discussion en ligne. « L’éducation est l’affaire de tous : poser la question du rôle de l’école au XXIème siècle c’est poser la question de savoir ce qu’est un citoyen aujourd’hui. Cela va plus loin qu’un vote tous les cinq ans, ça touche le pouvoir que nous avons de changer le monde qui nous entoure, changer les choses dans sa classe, dans sa famille » ajoute-t-elle, désireuse avec l’équipe autour du film que les citoyens s’emparent du film pour essayer de participer à un débat national sur cette question.

Le maître est l’enfant

Dans la même veine, Alexandre Mourot a tourné Le Maître est l’Enfant à l’école Jeanne d’Arc, à Roubaix – une école privée sous contrat qui pratique depuis 1946 la pédagogie Montessori. Elle accueille 650 enfants de 3 à 12 ans, et autant dire que la salle était bien pleine lors de l’avant-première diffusée non loin de l’établissement en janvier dernier. « Ce moment fut tellement émouvant pour les enfants, leurs parents et leurs famille… Nous avons du louer deux salles de cinéma pour accueillir les 620 spectateurs ! » se souvient le réalisateur.

Comme il l’explique dans la bande annonce suivante, l’idée de ce tournage lui est venu avec la naissance de sa fille : « j’étais inquiet vis-à-vis de l’école classique, et j’ai découvert la pédagogie Montessori. Je m’y suis formé et j’ai compris que si la théorie est formidable, le quotidien est très ambitieux : quand on lit tous les bouquins sur le sujet, on en saisit l’extraordinaire ambition humaniste. J’ai eu envie de montrer la pratique pour montrer que ça marche », témoigne Alexandre Mourot.

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A l’écouter, toutes les écoles Montessori ne se valent pas. Mais comment reconnaître une bonne école Montessori ? « C’est une classe avec des gens bien formés, qui ont un très grand amour des enfants et une très grande attention aux besoins des enfants. C’est fondamental pour qu’ils puissent évoluer, s’épanouir, développer leur potentiel humain » explique Alexandre Mourot en rappelant que la pédagogie Montessori passe par des présentations non verbales et un apprentissage sensoriel avec des gestes. « On fait un calcul avec peu de mots, on apprend à verser de l’eau à des niveaux différents dans les verres pour travailler l’habileté motrice. On donne à l’enfant une matière d’être, on lui apprend à observer et à s’emparer des gestes présentés. C’est extraordinaire de transmettre et voir ce que reçoit et vit l’enfant quand il reproduit lui-même le geste »

Et que penser de la multiplicité des supports et du marketing qui se développent aujourd’hui autour de l’approche de Maria Montessori ? « Ce n’est pas le matériel qui compte, c’est un support mais l’essentiel est de se connecter au besoin de l’enfant, de connaître les lois de son développement pour lui proposer des activités qui vont satisfaire son besoin. La science a démontré, par exemple, que le meilleur moment pour démarrer l’apprentissage de la lecture est à 4 ans et demi. Si à ce moment là on sent qu’il est intéressé, on va vite lui proposer la méthode pour apprendre à lire avec Montessori » rappelle le papa en insistant aussi sur l’avantage de mélanger différents âges dans une même classe, pour cultiver la transmission des plus grands vers les plus petits.

Pour découvrir le film, de nombreuses avant-premières sont organisées d’ici l’été prochain, et la sortie nationale aura lieu en septembre 2017.

L’école du genre

Dans ce film, il n’est pas tant question de pédagogie que de différence d’éducation entre les petite filles et les petits garçons en France aujourd’hui. Journée du droit des femmes oblige (demain mercredi 8 mars), c’est de circonstance. Mais les huit épisodes de l’Ecole du genre, ce documentaire co-réalisé par Léa Domenach et Jean-Paul Guirado montrent la construction des stéréotypes de la naissance jusqu’au moment où l’enfant obtient son premier job. Si l’extrait suivant donne l’exemple du rapport au foot, l’Ecole du genre trace tous les moments clefs qui créent l’inégalité.

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« Le projet a été impulsé par Brigitte Laloupe (auteur et blogueuse sur Olympe et le plafond de verre) qui voulait montrer comment on arrivait à toutes ces problématiques d’inégalité » explique Léa Domenach, dont le projet a été labellisé dans le plan d’action Sexisme pas notre genre. Enthousiaste, elle confie avoir beaucoup appris lors de la réalisation de ce documentaire, et ce même si sa maman était très féministe et son papa ex-soixante-huitard !

On comprend en navigant dans ce riche outil en ligne que tout le rapport à l’égalité des sexes passe par l’éducation : « pour changer, il ne faut pas avoir peur des mots, il faut déconstruire, faire prendre conscience que le langage et l’éducation sont remplis de détails inconscients… Le plus important c’est d’arrêter de faire parler la nature. On a une différence de sexe, la construction sociale non… » rappelle d’ailleurs la réalisatrice qui ne regarde plus Blanche Neige de la même manière (mais diable pourquoi fait-elle tout de suite le ménage en arrivant chez les nains ?)

Alors que la santé de notre démocratie ne cesse d’être questionnée ces derniers mois, il est sans doute temps de se pencher sur ces alternatives. Comme le rappelle souvent Pierre Rabhi, la question n’est pas tant « quelle terre laisserons nous à nos enfants » que « quels enfants laisserons nous à notre terre »…

Anne-Sophie Novel / @SoAnn sur twitter

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