MBA : le numéro un mondial se cache dans la forêt de Fontainebleau

La formation dispensée par l’Institut européen d’administration des affaires (Insead), créé en 1957, domine depuis deux ans le classement international du « Financial Times ».

Quel drôle de manège dans les rues de Fontainebleau (Seine-et-Marne). Alors que la ville, comme coupée du temps avec ses faux airs de ­hameau calme, évoque l’histoire de France, des hordes d’étudiants pressés venus du monde entier investissent bruyamment les bars et les échoppes. Les conversations sont ­vives et il suffit de tendre l’oreille pour entendre des échanges en anglais. « J’ai dû prendre des cours de langue, c’est super bon pour le business ! » confie, enthousiaste, un chauffeur de taxi bellifontain à une cliente de passage. C’est qu’à la lisière de la forêt de Fontainebleau, dans le sud-est de la région parisienne, s’étend sur 45 000 m 2 le campus de l’Institut européen d’administration des affaires (Insead), une école privée de management fondée en 1957 par Georges Doriot, le créateur de la première société de capital-risque de l’histoire.

Illustre inconnu en France, M. Doriot est pourtant un Français célèbre outre-Atlantique. Né à Paris en 1899, ce fils de mécanicien devient professeur de management industriel au sein de la prestigieuse Harvard Business School puis général de l’armée américaine. Sa renommée est telle que le Wall Street Journal le classe en 1999 parmi les dix personnalités qui ont changé le monde des entreprises au XXe siècle. Mais le revers de la médaille ­serait plus sombre. Selon le journaliste Fabrizio Calvi, il aurait profité de ses entrées dans le milieu bancaire américain pour blanchir l’argent des victimes de l’Holocauste pour le compte du gouvernement de Vichy.

Devant Stanford, Wharton et Harvard

Soixante ans après sa création, la prestigieuse école de commerce est numéro un au classement mondial du sacro-saint Financial Times pour son MBA, devant Stanford, Wharton et Harvard. Elle a ouvert un campus à Singapour puis un autre à Abou Dhabi, tandis que des photographies de Georges Doriot, ­accrochées sur les murs de l’école, servent à entretenir le culte du père fondateur et à ­redorer son blason.

C’est dans ces bâtiments à l’architecture très sixties qu’ont été formés le directeur de Google France, Nick Leeder, l’ancien patron de L’Oréal, Lindsay Owen-Jones, le mannequin Natalia Vodianova ainsi que son compagnon, Antoine Arnault, fils du propriétaire de LVMH. C’est là encore que l’ancien ministre Arnaud Montebourg a présenté en fanfare sa conversion au monde des affaires, moins de trois mois après son éviction du gouvernement Valls.

Sur le campus, les tenues sont décontractées – jean, baskets, sauf pour ceux qui ren­contrent les recruteurs régulièrement de passage à Fontainebleau. Pour ces derniers, le costume et la cravate sont de mise. Un badge porté autour du cou en guise de carte d’identité est le seul point commun entre les élèves. Dans les amphithéâtres, un écriteau placé ­devant chaque place permet au professeur de distinguer les pays d’origine de ses étudiants. Et ce n’est pas une mince affaire, car plus de 90 nationalités composent la promotion 2016. Sans compter que les enseignants viennent eux aussi du monde entier. En revanche, tous parlent le langage des affaires : « Here we do business ! » ; « Don’t be picky ! » ;« Don’t ­decide based on ­expectations ! » ; « Follow your instinct ! » (« Ici on fait du business ! », « Ne soyez pas trop pointilleux ! » ; « Ne décide pas en fonction des ­attentes des autres ! » ; « Suivez votre instinct ! »).

Selon Minh-Huy Lai, directeur du programme MBA, « la diversité des profils professionnels et de nationalités, bien plus équilibrée que dans les écoles américaines, pousse les étudiants à s’ouvrir à de nouvelles cultures et à s’y adapter plus rapidement.  »

Depuis le fond de l’amphithéâtre, Spyros Zoumpoulis, professeur grec de Sciences de la décision, délivre ses ­recommandations à un petit groupe de cinq étudiants de nationalités différentes, désigné pour participer à une mise en situation ­devant toute la classe. Captivés par sa gestuelle théâtrale, son aura de gourou et ses formules dignes de Jordan Belfort, le courtier en bourse incarné magistralement par Leonardo DiCaprio dans Le Loup de Wall Street (Martin Scorsese, 2013), la soixantaine d’élèves inscrits au cours boivent ses paroles et terminent la leçon par une standing ovation.

Pourtant, sur les 1 000 élèves qui suivent chaque année cette formation à temps plein, aucun n’est novice. La moyenne d’âge est de 29 ans et tous ont au moins cinq ans d’expérience professionnelle dans des secteurs aussi variés que l’ingénierie, le conseil, le marketing et même des métiers artistiques pour certains. En dix mois, les participants suivent 14 enseignements obligatoires puis se spécialisent grâce à des modules qu’ils choisissent parmi les 75 que propose l’école.

Retour sur investissement

L’essentiel de la formation est basé sur des exercices pratiques et des mises en situation par groupes de cinq, constitués d’étudiants aux nationalités et aux profils très différents. « Je me suis retrouvée avec un Libanais, un ­Malaisien, un Australien et un Brésilien. Gérer cette diversité culturelle, ça s’apprend, indique Julie Colinet, une Belge de 30 ans. Je ne m’attendais pas à de telles différences de vision de l’entreprise et du travail. C’est une expérience utile pour apprendre à travailler en équipe dans un contexte international. » Selon Minh-Huy Lai, directeur du programme MBA, « la diversité des profils professionnels et de nationalités, bien plus équilibrée que dans les écoles américaines, pousse les étudiants à s’ouvrir à de nouvelles cultures et à s’y adapter plus rapidement. Les entreprises qui les embauchent leur accordent les meilleurs salaires du marché ».

En moyenne, le salaire annuel des diplômés s’élève à 158 398 euros trois ans après l’obtention du MBA, qui coûte 77 000 euros, selon l’enquête 2017 du Financial Times. C’est mieux que Stanford (2e au classement), Wharton (3e) et Harvard (4e). « Le retour sur investissement est plus rapide grâce à une formation réduite par rapport aux deux ans nécessaires à l’obtention des MBA américains », assure Minh-Huy Lai.

Mais si le classement est bon, la compétition est rude : « Je me suis inscrite dans un cours de remise à niveau avant de commencer la formation. Cela m’a coûté 2 000 euros, explique Mary Verborg, une ancienne restauratrice d’art de 32 ans en reconversion professionnelle. Pour payer ce diplôme, j’ai dépensé toutes mes économies, soit 30 000 euros. Mes parents m’ont prêté 20 000 euros et j’ai négocié un prêt étudiant à un taux avantageux pour le reste. Au total, pour vivre et étudier à Fontainebleau, j’ai un budget de 100 000 euros pour tenir l’année car le rythme de travail est si soutenu qu’il ne me permet pas d’avoir un emploi à côté. » Confiante en l’avenir, la jeune femme espère rembourser ses dettes d’ici « deux à quatre ans ».

Un supplément et un salon du « Monde » pour tout savoir sur les MBA

Retrouvez, dans « Le Monde » daté du jeudi 16 mars, un supplément spécial « Universités et grandes écoles » de 12 pages consacré aux masters of business administration (MBA), progressivement mis en ligne sur notre rubrique Le Monde.fr/mba.

Samedi 18 mars, « Le Monde » organise la 7e édition de son MBA Fair, au Palais Brongniart, Place de la Bourse, à Paris. L’occasion de rencontrer des responsables de 35 cursus de MBA et executive masters, en France et à l’étranger. Plus d’informations et préinscriptions (recommandées) sur Mbafair-lemonde.com.

  • Maxime François
    Journaliste au Monde

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