« Donner le mauvais exemple pour la bonne cause »

Plus ça va  plus je pense qu’il faut, en classe, parler sans ambages, directement,  des questions qui fâchent et, pour être efficace et sortir d’une vanité surplombante qui ignore la fragilité ou les défauts de tout humain, payer de sa personne en exposant la relation que l’on entretient soi-même avec les problèmes soulevés. Il me semble que c’est une forme d’exemplarité qui n’est pas assez explorée.

J’ai ainsi eu une discussion franche avec les élèves sur les devoirs à la maison et l’incapacité de s’y mettre pour certains (que je comprends parfaitement même si, élève, j’étais un bourreau de devoirs, du type à m’avancer sur 5 semaines, à faire tous les exercices de la page).
Je leur ai décrit, pour ma part,  le regard inquisiteur du paquet de copies sur mon bureau, mes allers-retours chambre-frigo, le lancement de machines, le vidage de machines, les prétextes divers et variés, les mails, Facebook, la flemme, les « je m’y mets à une 15 h pile, pas à 14 heures 17, ça n’a aucun sens », les heures contaminées par la culpabilité…
Ils étaient effarés. Rassurés. Et morts de rire quand je leur ai dit que, pour me forcer, je me calais dans une rame de métro (ligne 8) et corrigeais mes copies en voyageant pratiquement d’un terminus à l’autre, histoire de n’avoir aucun prétexte pour faire autre chose. Et que je sortais, ensuite,  de la bouche du métro totalement libérée (personne n’a ajouté « délivrée » car j’ai émis des menaces de mort concernant cette chanson); fière d’avoir su ruser avec moi-même.  

Voilà ce qu’on appelle donner un exemple fort peu exemplaire mais cela n’empêche pas de rester dans une forme d’exemplarité qui a pour elle le mérite de l’authenticité.


[Si l’on observe une recrudescence d’élèves en plein travail dans le métro, aux heures de pointes, armés d’équerres et de papier calque, ce sera de ma faute] 

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