Cours de socio express : « Anciens et nouveaux mouvements sociaux »

Que vous prépariez un bac ES, le concours commun des IEP ou un autre concours Sciences Po, ou tout simplement, que vous souhaitiez étendre vos connaissances, ce dialogue imaginaire entre un prof (Bastien) et ses élèves vous aidera à comprendre une notion importante en économie ou en sociologie, en moins de trois minutes. Aujourd’hui, l’évolution des conflits sociaux.

Bastien a vu une affiche dans la salle des profs. « A 16 heures, café et gâteaux dans l’ancienne salle des profs. » Bastien pénètre dans la pièce. Il n’a pas fini son examen panoramique des gâteaux à la recherche d’un gâteau au chocolat, qu’il entend : « Sympa, Bastien t’es venu nous aider à faire des banderoles.

–  Et pourquoi, Michel ?

–  Pour la manif d’après-demain, ballot !

–  Et quels sont les mots d’ordre, à part l’intérêt des élèves, sauver l’éducation nationale et la France ?

–  Ne sois pas cynique. Tu sais bien que les classes sont trop chargées, y compris en collège. Pas de profs pour les remplacements, et c’est vrai aussi, que nos salaires doivent être revalorisés.

–  Sur le fond, OK, mais de petites grèves en petites grèves, ça ne débouche pas sur grand-chose.

David, tout juste arrivé et en quête sûrement d’une part de gâteau, reprend la balle au bond.

–  Bien sûr, les profs font leur petite grève semestrielle, et ça change quoi ? Le problème, c’est qu’il faut être plus radicaux : bloquer les lycées, le bac.

Michel qui n’a pas quitté l’élaboration de sa banderole reprend calmement, mais avec fermeté.

–  Vous me cassez les pieds. Vous évoquez des solutions dures, du quitte ou double qu’il est difficile de tenter, ce qui vous donne bonne conscience, pour ne pas faire grand-chose. Le problème, c’est pas qu’on n’est pas assez durs, c’est qu’on est pas assez nombreux. Moins de 10 % de Français syndiqués, mais Bastien, tu sais bien que si on ne fait rien, on va perdre beaucoup plus.

–  Ce n’est pas faux. Il y a un travail syndical de veille, pour éviter trop de reculs sur les acquis sociaux, comme la protection sociale. C’est vrai aussi que les conflits traditionnels sur les questions de  l’emploi n’ont pas disparu, même s’il est plus difficile de mobiliser.

–  Allons bon, tu redeviens raisonnable.

–  N’empêche que les conflits évoluent. Moi-même, au cours des dernières semaines, j’ai participé à un sitting pour que les enfants immigrés chassés par les guerres puissent être scolarisés. J’ai aussi signé une bonne demi-douzaine de pétitions, dont les trois quarts sur le Net.

–  Evidemment, ça coûte moins cher  qu’une journée de salaire en moins, lâche Michel.

–  Oh, ça va ! Il n’y a pas que l’argent qui me guide, et les comportements de passagers clandestins. Au fait, il n’y a pas de gâteau au chocolat ?

–  Non, aux fruits, mais fais-toi plaisir, parle-nous de ton cours, moi, pendant ce temps, je fais du travail manuel. Des grosses lettres sur un drap, que je vais fixer à deux montants en bois.

–  Ben oui. Il faut aussi avoir conscience que se développent des NMS.

–  NMS ?

–  Nouveaux mouvements sociaux. Il s’agit de combats moins ou pas centrés sur des questions matérialistes. On parle de valeurs post-matérialistes. On voit apparaître de nouveaux acteurs : coordinations étudiantes, collectifs de sans-papiers, associations homosexuelles ; de nouveaux combats : droits des minorités, protection de l’environnement, droit au logement, transparence financière ; de nouvelles modalités d’action : lobbying, poursuites judiciaires, campagnes médiatiques, occupation de locaux.

–  Ça va mieux ? La banderole, tu vas m’aider à la porter dans les rues de notre préfecture ?

– J’espérais qu’il y aurait du cake au chocolat…

– Tu arrêtes de me mener en bateau, en gâteau. Et puis, tes NMS, ils sont pas si nouveaux que ça, et tu le sais bien.

– C’est vrai que certains combats pour l’émancipation des minorités ou des femmes, les questions de santé sont anciens.

– Et tu veux me faire croire qu’avec tout ce chômage, la précarité, les menaces sur les acquis sociaux, il n’y a plus de place pour des conflits traditionnels, centrés sur la défense de l’emploi et du pouvoir d’achat ?

– Non, bien sûr.

Hésitant, Bastien poursuit :

– Jeudi, il va faire beau, et puis on sait qu’en France, contrairement à l’Allemagne, la grève précède souvent la négociation.

– Précise, demande David.

– C’est simple. En Allemagne, dans les pays nordiques où les syndicats sont forts et habitués à passer des compromis avec le patronat ou l’Etat, c’est quand les négociations ont échoué, qu’on envisage de faire grève. Nous, en France, c’est le contraire. Il y a peu de syndiqués et beaucoup de syndicats divisés. Donc, c’est quand ils ont mobilisé par des manifestations, montré leur capacité de nuisance que leurs interlocuteurs les considèrent comme menaçants, et se disent qu’ils ont intérêt à négocier. Ce n’est pas très glorieux, mais c’est une habitude française.

– Conclusion, Bastien ?

– Je fais grève, et je viens  manifester.

– Au fait, regarde sur la table du fond, derrière mes sacs, il reste du gâteau au chocolat. »

Tout en s’y rendant, Bastien pense :

« Il va me coûter cher ce morceau de gâteau. »

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