Sciences Po déçoit-il ses élèves de 1ere année ?

Un sondage lancé sur Facebook par un étudiant du campus parisien a fait état de 23 % d’élèves ayant « déjà songé » à quitter l’Institut d’études politiques.

Dans le sondage lancé par l’étudiant Clément Baillon, certains élèves évoquent « le survol des matières » et leur « traitement superficiel ».

Clément Baillon a refait parler de lui. A la tête de l’association Droits des lycéens, il avait demandé – et en partie obtenu – la publication de l’algorithme de la plateforme Admission post-bac (APB). Désormais étudiant en première année à Sciences Po, il a lancé, en novembre 2016, un sondage auprès de ses 630 camarades de promotion du campus de Paris, après que deux des vingt élèves de sa classe ont abandonné, et « la sensation que certains étaient déçus face à des cours qu’ils ne voyaient pas comme ça ». Le résultat a été rendu public fin février par L’Etudiant : parmi les 328 répondants à cette enquête, 23 % ont déclaré avoir « sérieusement songé » à quitter l’Institut d’études politiques.

Le chiffre peut surprendre : la réputation d’excellence de Sciences Po lui permet d’attirer chaque année 10 000 candidats pour seulement 1 800 places en première année, réparties sur sept campus. Et si cette étude n’a rien d’officiel, elle relance néanmoins le vieux débat sur « Sciences Po, sciences pipeau », et l’idée que tout ne serait pas parfait au sein de l’établissement de la rue Saint-Guillaume.

« Une formation exigeante »

La direction de Sciences-Po, à qui Clément Baillon a communiqué les 21 pages de résultats commentés du sondage, n’a dans un premier temps pas réagi. Sollicitée par Le Monde, la doyenne du Collège universitaire, Bénédicte Durand, met tout d’abord en doute « la fiabilité de l’étude », publiée sur le groupe Facebook privé Promotion 2021 Sciences Po Paris. Et de minimiser les idées d’abandon exprimées par presque un quart des répondants : « En début d’année, il y a toujours un effet surprise, c’est normal. La formation est exigeante et demande beaucoup d’investissement personnel ». Indiquant ne pas connaître le nombre réel d’étudiants de première année ayant quitté le cursus depuis la rentrée 2016, l’administration l’évalue à 39 élèves pour l’année précédente, soit 2 % environ.

Plutôt que de commenter davantage ce sondage, Sciences Po préfère citer le « baromètre » qu’elle soumet tous les deux ans à l’ensemble de ses élèves. Selon les résultats de mai 2015 (jugés « trop techniques » pour une diffusion complète), « 93 % d’étudiants recommanderaient l’établissement », « 92 % se disent très satisfaits ou satisfaits des associations » et « 68 % se sentent intégrés ». Aucune question ne portait sur la satisfaction à l’égard des cours, mais « lors du prochain baromètre, on pense intégrer une question en ce sens », indique un membre de l’administration.

La pluridisciplinarité en question

Parmi les élèves de première année de la rue Saint-Guillaume, le sondage de Clément Baillon suscite peu de réactions. Certains n’y ont pas répondu, d’autres si, sans parfois « se souvenir » de leurs réponses. Pour autant, personne ne semble s’étonner du résultat.

Mathilde, 18 ans, fait partie des étudiants ayant suivi une prépa privée à l’examen d’entrée, séduite par un cursus qui « offre une palette de débouchés ». Et parmi tous les enseignements, c’est la science politique qu’elle préfère, « pour son côté philosophique et réfléchi ». Ce qui ne l’empêche pas de « comprendre » que certains aient songé à quitter le cursus : « Si on n’est pas habitué à beaucoup travailler, cela peut surprendre et on peut effectivement avoir l’impression de ne pas être à la hauteur ». Et tandis que 66 % des sondés adhérent à l’idée qu’il y a « une ambiance vraiment sympa entre élèves », la jeune femme déplore « que beaucoup aient un état d’esprit condescendant ».

A la question « Etes-vous déçu(e) par les cours ? », 22 % ont répondu « oui », évoquant « le survol des matières » et leur « traitement superficiel ». Giovani, qui se destine au master carrières judiciaires et juridiques ou à l’Ecole nationale d’administration (ENA), salue au contraire le « panorama d’ensemble qu’offrent les disciplines, qui permet d’accéder à une plus grande culture générale ». Au programme de la première année : science politique, histoire, sociologie, économie, droit, anglais, humanités littéraires puis scientifiques…

Capucine, lycéenne de filière scientifique, mais « plutôt littéraire », a été encouragée par un de ses professeurs à passer l’examen d’entrée, et salue « une scolarité exigeante mais intéressante ». Pour elle, la lourdeur des programmes peut expliquer « l’impression de peut-être survoler les matières ». Et elle évoque spontanément un de ses camarades qui envisage de partir en faculté de droit, non parce qu’il est déçu de Sciences Po, mais parce qu’il s’est découvert un intérêt grandissant pour cette matière.

Comme en écho à ce sondage, la direction a dévoilé, le 14 mars, une réforme de son premier cycle (les trois premières années), en gestation depuis deux ans : elle « va dans le sens d’un approfondissement des connaissances avec la création de trois majeurs et le renforcement des compétences pré-professionnelles », a expliqué Bénédicte Durand. Avec cette réforme, Sciences Po souhaite proposer « un parcours plus qualifiant et lisible », qui s’éloignerait du « catalogue » d’enseignements reproché par certains.

  • Elsa Tabellion

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