Classement des lycées 2017 : pour les familles, une donnée parmi d’autres

Chaque année, le ministère de l’éducation publie ses indicateurs de résultats des lycées. Une mine d’informations pour les familles, mais dont l’impact reste assez modéré.

Dans un lycée de Nantes, en Loire-Atlantique.

Les palmarès des lycées ? « Pas besoin ! Tout le monde sait, à Chalon-sur-Saône, quel est le lycée de référence. » Pierre Bourdis ne consultera pas les classements 2017 des lycées, que la presse publie mercredi 22 mars. Son fils Martial, en troisième, a fait son choix : l’an prochain, ce sera Pontus-de-Tyard, le lycée public de Chalon (Saône-et-Loire), connu pour ses bons résultats au bac et ses options qui lui permettent de capter les meilleurs élèves. Ce n’est pas son lycée de secteur, mais avec un bon dossier et un parcours en classe à horaires aménagés musique, Martial a toutes les chances d’y être accepté – « même si les dérogations sont de plus en plus difficiles à obtenir », précise M. Bourdis.

Les palmarès sont-ils un critère de choix pour les familles ? Voilà plus de vingt ans que le rituel perdure. Chaque année, le ministère de l’éducation nationale publie ses indicateurs de résultats des lycées (taux de réussite, taux d’accès au bac, proportion de bacheliers, valeur ajoutée). Chaque année, la presse s’en empare pour effectuer des classements. Une mine d’informations pour les familles, mais dont l’impact reste, de toute évidence, assez modéré.

« Ce sont des données institutionnelles qui sont, certes, publiées dans un souci de transparence, mais peu pertinentes pour les familles, car elles ne donnent pas à voir comment ces résultats sont produits », constate la sociologue Agnès Van Zanten. Aux « informations froides », statistiques, les familles privilégient un « discours chaud », précise-t-elle, fondé sur le bouche-à-oreille et relatif au climat scolaire, au public accueilli, à la vie de l’établissement, à l’offre pédagogique, etc.

Leur lycée, c’est celui du secteur

Si les statistiques comptent modérément, quels facteurs déterminent alors le choix d’un lycée ? En réalité, beaucoup de parents ne se posent pas la question. Leur lycée, c’est celui du secteur. « Les classements, on les connaît, ils font la “une” des médias chaque année, mais le fait est qu’on n’a pas le choix, car les lycées sont sectorisés », souligne Fabienne Servoz, assistante maternelle à Grenoble. Sa fille est en terminale technologique ST2S (santé et social) dans le lycée du secteur. « On n’a jamais cherché à contourner la carte scolaire », ajoute-t-elle.

Reste que les mentalités évoluent. La croyance selon laquelle tous les lycées se valent s’estompe. Les classements eux-mêmes généralisent l’idée que le système fonctionne à plusieurs vitesses et que l’on peut choisir son lycée – alors que, dans le public, la carte scolaire reste assez rigide et que peu de dérogations sont acceptées. S’ajoute à cela, selon Agnès Van Zanten, « une angoisse plus forte des familles, nourrie par le souci de la valeur des diplômes sur le marché du travail, la peur du chômage et du déclassement ».

En matière de choix, les témoignages montrent qu’à chacun son « bon » lycée. Pour les familles averties qui ont de fortes ambitions – souvent de milieux favorisés –, peuvent compter, plus encore que le taux de réussite au bac, le nombre de mentions décrochées et les débouchés vers les meilleures classes préparatoires.

« Dans notre microcosme privilégié, beaucoup de parents sont très à cheval sur les résultats au bac ; c’est la course aux diplômes ! », témoigne Nathalie Debray, dont les quatre enfants sont passés par Saint-Louis-de-Gonzague, lycée privé jésuite dans le 16e arrondissement de Paris. « Pour moi, ce qui comptait surtout, c’était l’environnement catholique, précise-t-elle, la cohérence entre la parole portée à la maison et ce qui leur est transmis à l’extérieur. »

D’autres critères que le taux de réussite

Les lycées avec cent pour cent de réussite, Hélène Ballereau, de Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), s’en méfie un peu. « D’expérience, je sais que derrière, ça veut dire peu d’accompagnement pour les élèves fragiles et de l’écrémage en cours de route », souligne cette maman de trois enfants. Pour sa benjamine – qui a souffert, au collège, de l’« environnement stressant » d’un établissement élitiste –, elle a choisi le lycée privé Saint-Michel-de-Picpus, à Saint-Mandé (Val-de-Marne). Son premier critère : la proximité géographique – « fondamentale dans l’équilibre d’un adolescent », estime-t-elle. Ensuite, le « cadre rigoureux, l’accompagnement des professeurs, les projets… Le taux de réussite, ce n’est pas ce que je privilégie », assure-t-elle.

Autre discours encore chez Magalie (qui a souhaité garder l’anonymat), enseignante à Grenoble, qui a laissé sa fille décider de son lycée « en fonction de son projet, de ses aspirations », souligne-t-elle. Au final, ce n’est ni le lycée de secteur que cette dernière, élève brillante et studieuse, a choisi – aucune option ne l’intéressait – ni l’établissement réputé du centre-ville, mais le lycée polyvalent Argouges, plus mixte socialement et plus éloigné de chez elle, qui propose une section Abibac permettant d’obtenir simultanément le bac français et l’abitur allemand.

Quant à Martial, à Chalon-sur-Saône, c’est le souhait de rester avec son groupe d’amis qui a primé. Ses parents, eux, l’auraient plutôt vu dans la série S sciences de l’ingénieur d’un lycée général et technologique. « Comme il est passionné d’informatique, de technique, ça lui aurait sûrement plu, souligne son père. Mais Martial veut suivre ses copains. » Un argument de poids pour un adolescent de 15 ans.

Nous publierons mercredi 22 mars au matin les résultats 2017 de l’ensemble des lycées, ainsi que notre palmarès.

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  •  Aurélie Collas
    Journaliste au Monde
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