La fusillade de Grasse « reproduit, au moins dans ses intentions, le schéma notoire du tueur scolaire »

Dans une tribune au « Monde », le philosophe Anselm Jappe décrypte, après l’irruption d’un tireur fou au lycée Tocqueville, le 16 mars, le nihilisme meurtrier qui s’empare d’une jeunesse plongée dans le non-sens de nos sociétés.

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Devant le lycée Tocqueville de Grasse, le 16 mars, après la fusillade.

[Un adolescent de 17 ans a ouvert le feu dans un lycée de Grasse (Alpes-Maritimes) le 16 mars, blessant huit personnes. Aucun lien avec une entreprise terroriste n’a été établi. Le suspect avait en revanche une fascination pour les tueries de masse, en particulier celle du lycée de Columbine, aux Etats-Unis, qui fit quinze morts en 1999. C’est le premier drame de cette nature en France]

TRIBUNE. La fusillade au lycée Tocqueville de Grasse a malheureusement mis un terme à une autre « exception française ». Jusqu’ici, la France était épargnée par les tueries dans les écoles, alors que des dizaines ont eu lieu depuis vingt ans, notamment aux Etats-Unis, en Allemagne et en Finlande. Ce qui y ressemblait le plus en France était le massacre du conseil communal de Nanterre par la main de Richard Durn en mars 2002, aux motivations vaguement politiques.

L’auteur de la fusillade de Grasse, 17 ans, s’est inspiré, selon ce qu’on a pu lire, du massacre de Columbine (Colorado), en 1999. Mais heureusement, il n’a réussi qu’à blesser quelques personnes, et n’en est pas arrivé à la conclusion typique de ce type de school shootings : le suicide. Cependant, cet acte reproduit, au moins dans ses intentions, le schéma notoire du tueur scolaire, et il convient de connaître ce schéma, parce que l’effet d’imitation est grand dans ce domaine.

Dans sa forme la plus caractéristique, un individu rentre dans une école (ou dans une université) et tire à bout pourtant sur les personnes présentes ; il finit généralement par se suicider, au plus tard quand il est encerclé par les forces de police. On a assisté à une explosion de ces tueries à partir des années 1990. Celle du lycée Columbine (15 morts) est la plus connue d’entre elles, et constitue, d’une certaine manière, un « cas paradigmatique » et un modèle pour d’autres aspirants tueurs.

Partir du monde avec fracas

En général, l’auteur est mâle, jeune, parfois très jeune, et a grandi dans une famille « sans histoires ». Il n’est pas connu pour des épisodes de violence, n’a pas eu de conflits majeurs avec la loi et a toujours montré un caractère tranquille. Peu sociable, il passe beaucoup de temps dans la réalité virtuelle d’Internet et des jeux vidéo.

Se sentant exclu de la vie sociale et étant en difficulté face aux exigences scolaires ou du travail, il n’envisage pour lui aucun avenir agréable. Son monde intérieur s’assombrit peu à peu, le ressentiment et…

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Devant le lycée Tocqueville de Grasse, le 16 mars, après la fusillade.

La fusillade de Grasse « reproduit, au moins dans ses intentions, le schéma notoire du tueur scolaire »

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