« En ligne, des sites de fans célèbrent les auteurs de fusillades à l’école »

Dans une tribune au « Monde », la sociologue Nathalie Paton explique que l’auteur de la fusillade de Grasse était fasciné par la tuerie de Columbine aux Etats-Unis. Ces événements font l’objet d’un véritable culte sur Internet, où certains se radicalisent.

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La Matinale du 21/03/2017
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« L’engagement dans la violence devient le symbole du rejet de l’institution scolaire, taxée de bafouer les valeurs démocratiques en privilégiant une minorité d’élèves en haut de la hiérarchie sociale » (Photo: fusillade au lycée Tocqueville de Grasse).

TRIBUNE. La fusillade commise jeudi 16 mars à Grasse (Alpes-Maritimes) était un acte inédit contre un établissement scolaire en France. Mais il est récurrent aux Etats-Unis et au Canada où il est apparu à partir du milieu des années 1990.

Ce premier cas français reproduit un même scénario : un jeune homme se rend à son école avec l’intention de tuer un grand nombre de personnes. Le plus souvent, une liste de professeurs ou de camarades à cibler est dressée par l’auteur. En situation, ce sont plutôt des élèves ou des personnels de l’établissement pris au hasard qui sont les victimes de ce genre d’agression hors du commun.

Le plus souvent, encore, l’agresseur communique ses intentions à des camarades. Ces derniers négligent les propos de leur copain d’école ; ils ne prennent pas la menace au sérieux. En même temps, qui pourrait croire qu’un proche, issu d’une famille sans histoire a priori, pourrait un jour passer à l’acte et se rendre tranquillement à son école dans le but de tuer un grand nombre de personnes ?

Mais voilà, cette histoire n’est qu’un épisode d’un phénomène à part entière. Columbine (Colorado), Virginia Tech (Virginie), Jokela (Finlande) ou le collège Albertville-Realschule à Winnenden (Allemagne) sont quelques-uns des noms d’établissements scolaires désormais tristement célèbres, assimilables à un tel événement.

Nouvelles formes de radicalisation

Pour saisir ce phénomène, prenons du recul pour observer le paysage contemporain. Avec la fin des grands principes organisateurs du social liés à la société industrielle et à l’idéal du progrès inéluctable, parallèle à l’effritement des modèles idéologiques majeurs du communisme et du capitalisme, le risque, l’incertitude, voire l’insécurité deviennent l’horizon immédiat des perceptions du social.

Le bénéfice de cet effritement des institutions sociales est l’illusion de la libération des individus du carcan de la reproduction sociale. Tout un chacun serait à même de choisir son destin, libéré des modèles familiaux uniques, des appartenances de classe sociale, des normes de genre…

Seulement, ce contexte social est propice à l’émergence de nouvelles formes de radicalisation, parmi lesquelles celles des fusillades dans les écoles, car si le bénéfice immédiat de cette transformation historique serait l’émancipation, le groupe de prédilection choisi devenant un support de l’expérience individuelle, la contrepartie est la fatigue d’être…

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« L’engagement dans la violence devient le symbole du rejet de l’institution scolaire, taxée de bafouer les valeurs démocratiques en privilégiant une minorité d’élèves en haut de la hiérarchie sociale » (Photo: fusillade au lycée Tocqueville de Grasse).

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