Dans les coulisses d'une université d'entreprise

Former les managers afin de mieux anticiper les transformations de l’entreprise : c’est l’objectif des « universités d’entreprise ». Ces campus, assez éloignés des universités classiques, s’en inspirent pourtant et s’interrogent sur leurs pratiques pédagogiques à l’heure du numérique. Reportage à la Faurecia University, en amont de la conférence EducPros du jeudi 30 mars.

Faurecia a inauguré le campus européen de son

Faurecia a inauguré le campus européen de son « université » à Nanterre (Hauts-de-Seine) en janvier 2016. // © Catherine de Coppet

Former les managers afin de mieux anticiper les transformations de l’entreprise : c’est l’objectif des « universités d’entreprise ». Ces campus, assez éloignés des universités classiques, s’en inspirent pourtant et s’interrogent sur leurs pratiques pédagogiques à l’heure du numérique. Reportage à la Faurecia University, en amont de la conférence EducPros du jeudi 30 mars.

Quarante minutes. C’est le temps laissé cet après-midi-là par la formatrice à ces sept managers de Faurecia, équipementier automobile, pour un nouvel exercice, consistant à décrypter des vidéos où ils se présentent en trois minutes. Objectif : analyser leur « personal branding », autrement dit leur capacité à valoriser leurs qualités, notamment auprès de leurs équipes.

Bienvenue à bord du programme « Drive » de la Faurecia University, l’université d’entreprise de ce groupe qui emploie quelque 100.000 personnes dans le monde. Trois jours de formation au leadership, en anglais, destinés à des top managers venus de toute l’Europe, sur le site de Nanterre (Hauts-de-Seine).

accompagner la transformation numérique

Mise en place en janvier 2016, la Faurecia University a été conçue par la direction des ressources humaines pour accompagner la transformation organisationnelle du groupe industriel, spécialisé dans les intérieurs de voiture, les sièges et les pots d’échappement.

« L’intégration des technologies numériques concerne tous nos métiers : les lignes de production se font désormais avec des écrans interactifs, les pots d’échappement sont intelligents grâce à des capteurs qui calculent en temps réel le CO2… Cela a des répercussions sur le management ! souligne David Jestaz, président de la Faurecia University. Les managers doivent développer une forme d’agilité et de souplesse, nous ne sommes plus dans la verticalité hiérarchique mais dans quelque chose de plus ouvert, en construction. »

Trois campus dans le monde

De fait, la Faurecia University, comme la plupart des universités d’entreprise, ne s’adresse qu’aux managers, soit 17.000 salariés de l’équipementier. Et ce à travers trois sites physiques, appelés aussi « campus ». Celui de Nanterre, qui accueille les managers européens et abrite la direction de « l’université », et ceux de Detroit aux États-Unis et de Shanghai en Chine, qui se répartissent le reste du monde.

Faurecia University fonctionne avec un budget propre, alimenté par les différentes entités du groupe. « Nous ouvrons au cas par cas nos formations aux managers des start-up avec lesquelles nous travaillons en électronique, en chimie, ainsi qu’en connectique », indique le président.

À Nanterre, les locaux de la Faurecia University occupent le quatrième étage de l’une des tours du Capitole, ancien site industriel automobile transformé en bureaux, à quelques centaines de mètres du siège social de l’équipementier. « Les locaux de l’université tranchent avec ceux du siège, ils ont été pensés différemment, de façon à ce que l’on ait bien l’impression d’être ailleurs quand on y travaille », précise David Jestaz.

Le résultat est assez réussi, mais encore loin d’un campus avec amphithéâtre, salle de sport et bibliothèque ! Le plateau de 350 mètres carrés, très lumineux, s’organise autour d’un espace cafétéria central spacieux, où tables hautes, fauteuils cosy et plantes vertes donnent le ton. Sur l’un des murs, les vidéos de la Faurecia TV, outil de communication interne, tournent en boucle.

De part et d’autre, un ensemble de salles aux cloisons de verre, qui portent les noms de personnages célèbres et « inspirants », dont les citations décorent les portes : Confucius, Aristote, Rosa Parks, Steve Jobs, Amelia Earhart… « C’est le résultat d’un brainstorming interne », précise Armelle Savidan, corporate learning manager de l’université. À l’entrée de chaque salle, un écran indique l’heure et le programme de la formation qui doit s’y tenir…

Auparavant, les formations étaient très académiques, ici, c’est complètement différent.
(A. Sassi)

« Quand on arrive ici, on est impressionné », confie Alain Sassi, responsable ingénierie dans l’une des usines françaises, « l’investissement de l’entreprise nous encourage énormément. » Venu du Doubs pour suivre l’un des modules du programme Drive, « Advanced leadership », il repart satisfait de ces trois jours passés en compagnie de collègues portugais et allemands.

« Auparavant, les formations étaient très académiques, ici, c’est complètement différent. Nous passons d’une salle à l’autre, nous travaillons en petits groupes autour d’un café, il y a beaucoup d’exercices pratiques, voire manuels, de mises en situation… Tout est fait pour susciter une prise de conscience sur notre façon de fonctionner au quotidien. »

Dans la salle Confucius, les murs sur lesquels on peut écrire avec des marqueurs sont tapissés de feuilles de paperboard, attestant des exercices réalisés. « Le principe est d’afficher tout ce qu’on a fait, confirme Alain Sassi. Ce soir, dans le train du retour, je sens que j’en ferai le bilan… »

« Nous avons construit deux programmes, ‘Drive’ et ‘Ignite’ [« conduire » et « enflammer » en anglais], avec l’idée que l’expérience de formation elle-même devait évoluer, détaille Armelle Savidan. ‘Drive’ comprend six modules, deux fondamentaux et quatre focus, chaque manager étant libre de choisir ceux dont il a besoin et de les suivre de façon très éclatée ou au contraire en suivant… » Au menu des focus, des thématiques assez classiques : « construire des équipes performantes », ou encore « améliorer sa communication ».

Une dizaine de business schools partenaires

Pour le contenu, l’équipe de la Faurecia University fait appel à des compétences externes : « Nous avons passé des partenariats avec une dizaine de business schools, et nous travaillons beaucoup avec le cabinet Impact International, avec qui nous avons construit certains programmes. » Parmi les business schools en question, la London Business School en Grande-Bretagne ou l’IESE en Espagne.

« Nous ne travaillons pas pour le moment avec des établissements français, cela s’est trouvé comme cela« , note David Jestaz. « Sur les 100.000 salariés du groupe, les Français ne représentent que 13.000 personnes, ajoute Armelle Savidan. La diversité des écoles avec lesquelles nous agissons reflète en quelque sorte celle du groupe. »

Un learning lab LUDIQUE

À côté des sessions de formation au sein de l’un des campus, les programmes de la Faurecia University s’appuient sur des outils de formation à distance, conçus également avec des prestataires extérieurs. Qu’ils soient intégrés à des programmes spécifiques ou non, ces modules de formation sont disponibles en ligne 24 heures sur 24, à partir de n’importe quel support (téléphone portable, ordinateur, tablette), sous la forme d’un « learning lab ».

Une initiative considérée comme innovante, eu égard aux habitudes des secteurs industriels. « Le lab propose des vidéos courtes, des interviews d’experts internes ou de motion design, sur plusieurs thématiques, précise David Jestaz. Nous les avons conçues avec la start-up Coorpacademy. »

180.000 heures de vidéo ont été visionnées en 2016. (A. Savidan)

Particularité de cette plate-forme entièrement digitale, qui totalise actuellement 14.000 utilisateurs, un système de quiz permet de se former de façon ludique sur des sujets comme l’éthique, le travail d’équipe, les réflexes HSE (hygiène, sécurité, environnement), etc. « Chaque utilisateur dispose de trois ‘vies’, symbolisées par des cœurs, et cumule des points selon ses scores, rappelle Guillaume Lemonnier, responsable digital de la Faurecia University. Il a également la possibilité de défier un collègue pour une ‘battle’, sur un sujet donné, de façon désynchronisée. »

Un palmarès des meilleurs élèves est d’ailleurs visible en ligne… Actuellement, c’est un manager indien qui occupe le haut du tableau. « Cela fonctionne assez bien, 180.000 heures de vidéo ont été visionnées en 2016, indique Armelle Savidan. L’aspect ‘gaming’ rend l’outil addictif ! »

Un réseau social interne

Dernier étage de la fusée, le réseau social interne, lancé à peu près au même moment que l’université pour managers. Baptisé « Faur’us », il est ouvert à l’ensemble des salariés travaillant sur ordinateur (soit 40.000 personnes) et compte aujourd’hui 23.000 utilisateurs.

« C’est un véhicule de la formation, mais son usage est bien plus large que cela, appuie David Jestaz. On peut y lire des posts de dirigeants, échanger et modifier des documents en commun, partager des informations sur les nouveaux modules de formation, créer des groupes, par exemple pour les alumni de certains programmes. » Un réel outil de travail qui a remplacé aussi les tableaux d’occupation des salles du campus européen. « Le planning physique est complètement obsolète, tout se passe sur Faur’us », pointe Armelle Savidan.

Malgré cette importance du digital, les formations en présentiel organisées sur le campus européen de la Faurecia University se veulent avant tout une expérience à partager. « La règle du jeu, pendant ces trois jours, c’est de ranger le téléphone et le mail, raconte Alain Sassi. Pour moi, cela n’a pas été du tout évident, je suis un accro des téléphones ! » Preuve que la révolution numérique a déjà fait du chemin.

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Phénomène récent en France, l’université d’entreprise connaît une forte croissance, elle-même renforcée par les nouveaux accès au savoir offerts par le numérique. Quelles évolutions en fonction des changements socioéconomiques ? Quelle rentabilité sur le long terme ?

Jeudi 30 mars, EducPros répondra à ces questions, à l’occasion de sa conférence dédiée au corporate learning. Par de nombreux retours d’expérience des grands groupes, vous découvrirez les nouveaux enjeux des entreprises et révélerez quels sont les moyens pour votre établissement d’y répondre.

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