« Il n’y a pas eu d’assimilation économique des migrants non européens en France »

LES VOIX DE L’ECONOMIE. Au-delà des discriminations présentes, les descendants d’immigrés sont victimes de l’absence de progression sociale de leurs parents, de génération en génération, estime Dominique Meurs dans une tribune au « Monde ».

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« La génération issue de l’immigration de travail non européenne de l’après-guerre fait face à des difficultés d’insertion professionnelle bien supérieures à la moyenne de la population » (Photo: Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, le 18 novembre 2015).

TRIBUNE. Le constat sur la situation des descendants d’immigrés est maintenant bien établi : la génération issue de l’immigration de travail non européenne de l’après-guerre fait face à des difficultés d’insertion professionnelle bien supérieures à la moyenne de la population. Le taux de chômage des secondes générations de l’immigration du Maghreb se situe autour de 18 %, contre 9% à 10 % pour l’ensemble de la population. Cela s’explique par plusieurs facteurs.

Le premier, prouvé par de multiples « testings » depuis une dizaine d’années, est la discrimination à l’embauche. Par exemple, avant même la crise économique de 2008, pour des CV tout à fait identiques par ailleurs, un candidat masculin au nom et au prénom à consonance marocaine devait envoyer trois fois plus de candidatures pour être convié à un entretien pour un poste de comptable ou de serveur en Ile-de-France (« Discriminations à l’embauche : un testing sur les jeunes des banlieues d’Ile-de-France », Emmanuel Duguet, Noam Leandri, Yannick L’Horty et Pascale Petit, centre d’étude des politiques économiques de l’université d’Evry pour le Centre d’analyse stratégique, 2007).

Risque de redoublement deux fois supérieur

La discrimination n’explique cependant pas tout le surchômage des descendants d’immigrés : des facteurs structurels jouent aussi, et en premier lieu les inégalités scolaires. Les constats statistiques sont solides et sans ambiguïté. Les descendants d’immigrés non européens sont plus susceptibles que les autres d’être en échec scolaire : le risque de redoublement avant l’entrée en 6e est environ deux fois supérieur à la population majoritaire ; 18 % des enfants d’immigrés sont sans diplôme, contre 12 % pour le reste de la population ; l’échec scolaire touche par ailleurs beaucoup plus les garçons que les filles, mais ce décalage n’est pas spécifique aux descendants d’immigrés.

Cette situation défavorable est à mettre en relation avec l’origine sociale combinée à la ségrégation territoriale : plus du tiers des parents venus des pays du Maghreb ou de Turquie sont des employés ou des ouvriers non qualifiés, contre 10 % pour les personnes non issues de l’immigration. Si l’on conjugue ce facteur structurel avec le fait que le système éducatif français est l’un de ceux pour lesquels la corrélation entre la performance scolaire et le milieu socio-économique est la plus élevée, comme l’ont démontré les enquêtes PISA de l’OCDE, il n’est…

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« La génération issue de l’immigration de travail non européenne de l’après-guerre fait face à des difficultés d’insertion professionnelle bien supérieures à la moyenne de la population » (Photo: Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, le 18 novembre 2015).

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