Education : une vingtaine de préconisations pour « repenser la classe »

Le Conseil national d’évaluation du système scolaire présente, mercredi, ses recommandations pour mieux faire réussir tous les élèves.

L’enjeu de la différenciation pédagogique n’est pas nouveau. Voilà plus de quarante ans, depuis la massification scolaire, que cette exigence est rappelée dans chaque loi, dans chaque circulaire ministérielle sur les apprentissages.

C’est une réalité que nul ne peut ignorer : les élèves n’apprennent pas de la même manière, à la même vitesse. Comment, dès lors, un(e) professeur(e) peut-il/elle conduire chacun d’eux aux mêmes connaissances attendues, et éviter d’en perdre quelques-uns au passage ? En publiant, mercredi 29 mars, vingt-deux recommandations sur la « différenciation pédagogique », le conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) apporte des réponses à un sujet au cœur des préoccupations des enseignants : celui de savoir adapter son enseignement pour la réussite de tous les élèves.

Ces recommandations sont le fruit d’un consensus émanant de la recherche et des acteurs de terrain. Elles ont été élaborées par le jury de la conférence de consensus sur la différenciation pédagogique – la quatrième et dernière conférence de ce type organisée par le Cnesco durant ce quinquennat –, qui a eu lieu à Paris les 7 et 8 mars.

Echecs scolaires et inégalités

L’enjeu de la différenciation pédagogique n’est pas nouveau. Voilà plus de quarante ans, depuis la massification scolaire, que cette exigence est rappelée dans chaque loi, dans chaque circulaire ministérielle sur les apprentissages. La question, pourtant, reste l’une des plus urgentes du moment, puisqu’il est question de résorber l’échec scolaire et de réduire les inégalités, qui ne cessent de s’accroître dans notre système scolaire réputé élitiste.

Car la France, contrairement à ses voisins anglo-saxons ou nordiques, peine à s’engager dans cette voie. « La différenciation pédagogique occupe une place réduite dans les pratiques, observe la sociologue Nathalie Mons, présidente du Cnesco. Certes, l’idée a fait son chemin ; on reconnaît qu’aucun enfant n’apprend de la même façon ni au même rythme. Mais le suivi individualisé reste peu présent, ou souvent limité à des dispositifs de remédiation extérieurs à la classe, pour les élèves en difficulté. »

Repenser la classe, être créatif

Les études internationales montrent la prégnance, en France, d’une pédagogie uniforme : la même leçon, les mêmes exercices pour tous. Moins qu’ailleurs, les enseignants français donnent des travaux différents aux élèves en fonction de leur niveau : 22 % disent le faire « fréquemment », contre 44 % en moyenne dans l’OCDE, selon l’enquête Talis (publiée en 2014 par l’OCDE).

Dans les préconisations du Cnesco, il n’est pas question de renforcer le redoublement dont la recherche a prouvé, à maintes reprises, l’inefficacité. Il n’est pas non plus question de rétablir les classes à options ou autres filières ségrégatives qui accentuent les inégalités. Ni, encore, d’inventer de nouveaux dispositifs d’aide personnalisée en dehors des heures de cours. L’attention est portée sur ce qui se fait dans la classe, dans le face-à-face entre le professeur et ses élèves.

Les recommandations invitent les enseignants à « repenser la classe » ; à « être créatifs dans leur métier. Car il n’y a pas une recette miracle, mais une variété de pratiques pour gérer l’hétérogénéité des élèves en classe », souligne Marie Toullec-Théry, la présidente du jury de la conférence de consensus.

Deux enseignants par classe

Le jury encourage les enseignants à varier les modes de travail en cours – tantôt en classe entière, tantôt en groupes ou en travail individuel. L’accent est mis sur la coopération entre élèves : soit au sein de groupes de niveaux hétérogènes – car la réussite des uns favorise celle des autres – ; soit de niveaux homogènes : quelques élèves (d’une même classe ou de classes différentes) sont regroupés ponctuellement autour d’un même besoin décelé par l’enseignant.

Autre dispositif qui a fait ses preuves : le tutorat entre pairs. Efficace pour l’élève fragile, ce mode d’organisation l’est aussi pour le tuteur, qui se voit offrir une occasion d’expliciter et consolider ce qu’il a compris.

Connue, en France, sous le nom de « plus de maîtres que de classes » – dispositif mis en place sous le quinquennat de François Hollande –, la pratique du « coenseignement » est également plébiscitée. Il s’agit de permettre à deux enseignants de partager temporairement (et régulièrement) la même classe. Soit les deux professeurs enseignent en même temps ; soit l’un enseigne, l’autre aide certains élèves ; soit les deux aident, de manière à accorder une attention plus fine à chaque élève.

Des effets négatifs possibles

Derrière cette palette de solutions, c’est sur la formation des enseignants que le Cnesco entend mettre l’accent. « La différenciation nécessite une bonne maîtrise didactique, souligne Mme Toullec-Théry. Les enseignants doivent être formés au repérage des obstacles potentiels qui peuvent être rencontrés au moment d’aborder telle ou telle notion, en formation initiale, mais aussi continue, sur la base de leurs expériences vécues. »

Il s’agit de former des « experts » des apprentissages, en somme, capables de questionner et d’enrichir, jour après jour, leurs pratiques. Car mal conduite, la pédagogie différenciée peut avoir des effets négatifs. Les enseignants peuvent avoir tendance à réduire leurs exigences à l’égard des élèves en difficulté (à leur donner des activités plus simples, par exemple), ce qui conduit à accroître les écarts de réussite et démotiver les plus faibles, soit le résultat inverse que celui attendu.

Différenciation pédagogique ne doit donc pas être synonyme de différenciation des attentes scolaires, avertit le Cnesco.

  •  Aurélie Collas
    Journaliste au Monde
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