Depuis une décennie, l'opération Phénix fait son nid

Initiée en 2007, l’opération Phénix œuvre à l’insertion professionnelle des diplômés littéraires dans les grandes entreprises. Avec 250 recrutements depuis sa création, l’initiative se retrouve confrontée à la question de son changement d’échelle. État des lieux, à l’occasion de son dixième anniversaire.

PAYANT - réunion entreprise

Chaque année depuis dix ans, les diplômés au profil littéraire sont invités à un forum, où ils peuvent candidater aux postes offerts par de grandes entreprises. // © plainpicture/Hero Images

Initiée en 2007, l’opération Phénix œuvre à l’insertion professionnelle des diplômés littéraires dans les grandes entreprises. Avec 250 recrutements depuis sa création, l’initiative se retrouve confrontée à la question de son changement d’échelle. État des lieux, à l’occasion de son dixième anniversaire.

Aider les étudiants à se projeter dans d’autres secteurs que l’enseignement et la recherche : voilà qui peut sembler une formalité en école de gestion, mais qui s’avère beaucoup plus compliqué depuis un amphithéâtre de philosophie. Maître de conférences à l’université Paris-Sorbonne, Pierre-Henri Tavoillot ne peine pourtant pas à montrer à ses élèves que s’ouvrent à eux « des perspectives bien plus larges que ce qu’ils imaginent ».

L’une de ses ressources phares pour appuyer son discours ? L’opération Phénix, dont la onzième édition s’ouvre ce 25 avril 2017. Lancée en 2007 par le cabinet d’audit PwC, elle vise à rapprocher des profils littéraires et des grands groupes, intéressés par les qualités d’analyse et de synthèse de ces profils.

Des jeunes sont ainsi passés de l’histoire de l’art à la maîtrise d’ouvrage informatique à la Société générale, de la philosophie éthique à la gestion de back-office chez HSBC ou encore de l’administration culturelle au service commercial de Coca-Cola.

Des réussites saluées dès 2010 par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Valérie Pécresse soulignait alors le « rôle pionnier » du dispositif, tout en pointant « des résultats qualitativement appréciables mais quantitativement limités ». Un constat qui reste toujours valable, sept ans plus tard.

Un rayonnement au-delà des chiffres

En dix ans, près de 250 diplômés ont été recrutés dans le cadre de Phénix. Quand on l’interroge sur ce bilan, Thibault Saguez, coordinateur du programme, concède un « peut mieux faire », mais se dit aussi « satisfait que l’opération ait perduré ».

« C’est une initiative sans équivalent en France, qui assure un lien concret entre les profils universitaires et les recruteurs, assure-t-il. Effectivement, la crise a diminué pendant quelques années les capacités d’embauche des partenaires, mais l’on est revenu à des promotions d’une vingtaine de personnes. Dans tous les cas, nous ne nous sommes jamais fixés d’objectifs chiffrés, l’essentiel est d’ouvrir le champ des possibles et d’enclencher un cercle vertueux« , ajoute-t-il.

Chacune des personnes recrutées a pu apporter une vision différente des choses et initier d’autres recrutements sortant des cadres classiques.
(J. Coudry) 

Pour Pierre-Henri Tavoillot, pilote du volet formation de Phénix et responsable du master Métiers de l’entreprise à Paris-Sorbonne, la dynamique doit être appréhendée dans son ensemble : « Phénix ne s’arrête pas aux embauches effectives mais touche aussi 500 candidats qui, chaque année, participent aux sessions d’information et, selon l’offre de leurs établissements, à des ateliers de coaching ou des rencontres RH. « 

Entrepreneure et ex-responsable de la Manu, une association qui a œuvré pour un dialogue entre les universités et le monde économique, Julie Coudry pointe d’ailleurs les répercussions en aval : « Chacune des personnes recrutées a pu apporter une autre vision des choses et initier d’autres recrutements sortant des cadres classiques. Ce sont des effets qui ne peuvent pas ressortir dans les chiffres. »

Des cloisonnements qui persistent

Au-delà de la crise, cet aspect pionnier n’expliquerait-il pas d’ailleurs que le changement d’échelle se fasse attendre ? « Les entreprises sont organisées pour s’adresser aux écoles de commerce tandis que les responsables de masters ‘recherche’ se concentrent sur la formation de spécialistes. Phénix bousculant ces schémas, la bataille pour convaincre est sans répit, résume Bernard Deforge, l’un des initiateurs de Phénix, alors professeur de littérature grecque et associé chez PwC, aujourd’hui à la retraite. À chaque fois que des interlocuteurs changent, il faut de nouveau réexpliquer l’intérêt du programme. »

À chaque fois que des interlocuteurs changent, il faut de nouveau réexpliquer l’intérêt du programme.
(B. Deforge) 

Pour l’ancien enseignant, il ne s’agit pas seulement d’une initiative pour l’emploi, mais aussi d’un changement culturel. « Que des jeunes bien formés sur le plan intellectuel soient mis à l’écart de l’action économique, cela nuit à l’inventivité et à l’originalité nécessaires à tous. » Pour surmonter les cloisonnements qui persistent, Bernard Deforge juge qu’il faudrait un engagement fort de quatre ou cinq présidents d’entreprises.

Monter des opérations locales

Pour l’heure, Phénix cherche à développer son ancrage territorial, avec l’ouverture d’une opération à Nantes : « La démarche est différente de la tentative d’exportation à Strasbourg en 2013. Cette fois, le forum d’information se doublera d’offres de postes dans la région, avec une formation continue dispensée par l’IAE (institut d’administration des entreprises) nantais », précise Thibault Saguez.

Une proximité qui pourrait être un tremplin essentiel, à en croire Natacha Dumont, responsable du pôle d’insertion professionnelle de l’Upem (université Paris-Est Marne-la-Vallée) : « Notre établissement a fait partie des premiers partenaires de l’opération Phénix. Les premières années, quelques-uns de nos candidats ont été sélectionnés, puis cela s’est essoufflé. Ce genre de dynamique a, en général, plus d’impact quand les enseignants en sont parties prenantes. Or, dans ce dispositif surtout porté par les entreprises, les universités n’avaient qu’un rôle de relais d’information. »

Si l’Upem transmet toujours le calendrier de Phénix à ses étudiants, aujourd’hui, elle s’implique surtout dans le dispositif Atout Jeunes Universités, qu’elle a monté avec les universités de Cergy-Pontoise et Paris 8 et des groupes tels que Danone ou la Société générale.

« Le dialogue commence dès la licence, avec des présentations de métiers mais aussi des projets tuteurés proposés par les entreprises et guidés par les enseignants. La première année, par exemple, un travail avec L’Oréal avait permis d’introduire des enseignements de marketing dans les départements de lettres et de langues. » Signe que la rencontre des humanités et du management est prête à se poursuivre ?

L’opération Phénix, en chiffres
– Près de 250 recrutements depuis 2007 (des profils littéraires, mais aussi quelques scientifiques, auxquels Phénix s’est ouvert en 2014)
– 9 entreprises partenaires en 2017 (plus de 20 depuis le lancement du programme)
– Les quatre plus gros recruteurs : PwC, HSBC, L’Oréal, Vinci
Phénix, édition 2017
– Forum à la Cité Internationale le 25 avril 2017, période de candidature du 26 avril au 19 mai, recrutements du 20 mai au 21 juillet.

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