« Cours d’éco express » : le chômage expliqué aux lycéens

Que vous prépariez un bac ES, le concours commun des IEP ou un autre concours Sciences Po, ou tout simplement, que vous souhaitiez étendre vos connaissances, ce dialogue imaginaire entre un prof (Bastien) et ses élèves vous aidera à comprendre une notion importante en économie ou en sociologie, en moins de trois minutes. Aujourd’hui, les principales causes du chômage.

Dans la salle des profs, Greg demande à Bastien quelques conseils pour le cours sur le chômage. Megan, prof d’anglais s’intéresse à la discussion, et n’hésite pas à chambrer ses deux collègues.

–  Alors, comme ça en deux heures, vous expliquez le chômage à vos élèves?

–  Disons en 4 heures, et on ne se contente pas du diagnostic, on donne en plus les solutions qui vont avec.

Moue dubitative de Megan. Greg dans l’urgence d’un cours à finir, s’impatiente:

–  Tu expliques le chômage classique?

–  Disons qu’on rappelle ce qu’on a vu en première, et la vision théorique du marché du travail des néoclassiques. S’il y a du chômage, c’est que la demande de travail qui émane des entreprises est trop faible, par rapport à l’offre (ceux qui veulent travailler). Greg enchaîne:

– Oui, et selon eux,  c’est dû aujourd’hui à un coût salarial trop élevé, à cause notamment du financement de la protection sociale. Donc, il faudrait baisser ce coût, par exemple en allégeant les charges sociales.

–  Insiste sur l’idée que c’est une politique de l’offre, c’est-à-dire une politique visant à rendre les conditions de production des entreprises plus favorables.

–  C’est bien ce que Hollande a voulu faire avec le CICE ou encore le pacte de responsabilité?  Mais dis donc politique de l’offre, ça fait plutôt politique de droite?

–  En tout cas, politique libérale qui est peu dans la culture de la gauche. Son credo traditionnel, c’est plutôt soutenir la demande grâce à la hausse des dépenses publiques. Changement de cap qui explique en partie la grogne des frondeurs du PS.

–  Et ça marche, cette politique?

–  Au mieux, ça met du temps à produire ses effets. Peut-être que le nouveau président va bénéficier de ces mesures. Mais attention, certains pensent aussi que si les carnets de commande sont vides, les entreprises empochent l’argent, reconstituent leurs marges, avant éventuellement d’investir et de créer de l’emploi.

Greg peu intéressé par ce dialogue entre la prof d’anglais et de SES poursuit:

–  Bon, tu enchaînes alors avec le chômage keynésien. Le chômage s’expliquerait par une insuffisance de la demande. Tu expliques la demande anticipée?

–  C’est quoi la demande dissipée interroge Megan qui s’était repenchée sur ses copies?

–  Anticipée, reprend sans ménagement Greg.

–  Anticipée dit Bastien, soucieux de dialoguer avec sa collègue: Keynes a une analyse révolutionnaire dans les années 30. Il dit que les entreprises ne produisent que si elles anticipent une demande suffisante, ce n’est pas l’offre qui est déterminante, mais la demande escomptée. Le problème, c’est quand les anticipations sont pessimistes. Les entreprises ne croient pas à une augmentation de la demande; elles ne produisent pas beaucoup, l’emploi créé est faible et le chômage ne diminue pas.

–  Et on fait quoi?

–  L’Etat peut chercher à relancer la demande, soit par des grands travaux comme Roosevelt dans les années 30, soit en embauchant des fonctionnaires, soit en augmentant le pouvoir d’achat des salariés, par exemple grâce aux prestations sociales ou à la revalorisation du SMIC en 1981.

–  Et ça marche?

–  Dans nos économies ouvertes, on peut craindre que cela profite surtout aux entreprises étrangères. La relance de 1981 a été un cuisant échec. Et puis, vu les déficits et dettes des états, les marges de manoeuvre sont limitées.

–  Déprimant l’économie, lâche Megan. Greg lui a toujours son objectif en tête, préparer un cours efficace pour le bac:

–  C’est ici que tu abordes les réformes structurelles?

–  C’est quoi ça encore, demande Megan?

–  Dans les deux pistes précédentes, on est dans une logique de court terme, de politique conjoncturelle. En modifiant le coût du travail ou en stimulant la demande, on essaie de faire repartir l’économie, sans grand succès dans la France de 2017. On essaie alors de modifier le fonctionnement, les structures du marché du travail, par exemple en jouant sur la flexibilité du marché du travail. Il est sûr que si on facilite les licenciements, si on limite les aides sociales, les chômeurs seront obligés d’accepter rapidement des jobs pas terribles, et pas très bien payés. Cela explique en partie le faible taux de chômage en Grande Bretagne et en Allemagne, avec aussi de très fortes inégalités.

–  Dis donc, c’est pas super.

Greg toujours en recherche d’efficacité reprend:

–  Donc tu termines par la flexisécurité?

–  Ah oui, j’en ai entendu parler durant la présidentielle, dit Megan.

–  Bastien, grossière erreur, croit bon de préciser, d’un air un peu supérieur, en fait on en a beaucoup parlé dès 2007, et en réalité, il s’agit de politiques menées dans les pays scandinaves depuis plus de 15 ans.

–  C’est dommage ce petit ton, dit Megan, j’allais te proposer quelque chose.

Bastien est bien ennuyé, mais Greg lui n’est pas intéressé par les roucoulades de ses collègues

–  Qu’est ce qu’il faut leur dire sur la flexisécurité?

–  Tu leur expliques le triangle d’or. Les entreprises ont plus de flexibilité en licenciant plus facilement, mais en contrepartie les salariés ont une bonne sécurité, grâce à des allocations de chômage généreuses.

–  Ca ne fait que deux sommets, il en faut un troisième.

Sourire satisfait de Bastien pas à habitué à parler aussi longtemps d’économie avec Megan.

–  Il faut aussi mettre le paquet sur la formation. L’idée est qu’avec la mondialisation, la modernisation de l’économie, rien ne sert de sauver des emplois pas viables, mais il faut faire un gros effort pour préparer ceux qui perdent leur emploi, à s’orienter vers les nouveaux jobs.

–  Séduisant sur le papier.

–  Oui séduisante, je veux dire solution séduisante. Mais attention, peut-on l’imposer sans vraiment associer les syndicats, comme semble en être tenté le nouveau président? Peut-on transposer ce qui se fait dans un petit pays scandinave et qui coûte cher? Et enfin, fait-on les efforts nécessaires, notamment en investissements, pour faire émerger les nouveaux secteurs et emplois?

–  Déprimant lâche Megan, pendant que Greg file dans la salle de travail pour finir son cours.

–  Au fait Bastien, tu veux venir au cinéma avec moi?

–  Avec joie.

–  On va voir un film sur une poétesse américaine du 19 ème siècle, longtemps méconnue.

Tout en gardant un sourire moins franc, Bastien pense « Putain, faut faire des efforts pour plaire ».

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