Bac et « air guitar » même combat

C’est avec étonnement que j’ai découvert, il y a quelques années  « l’air guitar ». C’est une activité consistant à mimer, à faire croire qu’on joue de la guitare, armé de ses seuls doigts. C’est avec une plus grande stupéfaction encore, que j’ai vu cette vidéo sur le hobby horsing. Il s’agit, souvent pour des filles, de faire du cheval, sans cheval! On se munit d’un balai entre les jambes, et on imite le cavalier ou cavalière et son cheval franchissant des obstacles, ou on imite une épreuve de dressage.

Ma première réaction n’a pas été très charitable, amusé par ceux que j’avais tendance à prendre pour de doux dingues. J’essayais d’avoir un peu plus d’indulgence pour des personnes qui ne font rien de mal, quand une déstabilisante idée m’est venue. Mais sans m’en rendre compte, est-ce que je ne pratique pas avec mes élèves, le hobby Bac? On croit qu’on prépare le bac, et désormais avec les + de 90% de réussite au bac général, tente-t-on encore de dompter un vrai diplôme, ou n’est-il qu’une pâle imitation inoffensive de ce qu’il a été? Méchant coup de blues! Le prof doit se ressaisir, il regarde les programmes ambitieux, les sujets rarement  faciles donnés lors des épreuves, et il se dit: « mais non, c’est toujours un vrai bac, on n’est pas que dans la simulation ».

On se retourne alors vers les pratiquants de « l’air guitar ». On se dit qu’ils ont bien conscience qu’ils n’ont rien dans les mains, et on se dit même, que cela ne les empêche pas de jouer réellement d’un instrument. De même, chevaucher un cheval fictif n’interdit pas de faire de la véritable équitation.

Certes, je respecte l’actuel bac , mais il ne peut être comparé à un rodéo furieux, puisque peu d’élèves sont désarçonnés. On s’interroge, on ne va pas renoncer au bachotage, ni à  donner des astuces aux élèves pour se tirer d’affaire, mais à l’évidence, il faut être bien plus ambitieux pour mieux préparer les élèves aux exigences des études supérieures. Dans le cas contraire, ils seront comme des pratiquants d’air guitar, totalement démunis, et ils ne monteront pas sur la scène du marché du travail. Ils ne seront que des spectateurs, pouvant simplement avec leurs seuls doigts, applaudir ceux qui réussissent ou les siffler. De la même manière, on peut craindre que les ex terminales, désormais en selle sur le parcours complexe du supérieur qui mène à l’emploi, soient victimes d’un refus de saut au premier obstacle. Trop d’élèves abandonnent en cours d’année.

En résumé, oui aux distractions, oui aux hobbies, mais oui également au bac, et évitons de mélanger les deux.

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