Hollande et l’école : un immense chantier au goût d’inachevé

Pendant cinq ans, le site Lui Président a suivi la réalisation – ou non – des engagements de campagne de François Hollande. Au crépuscule du quinquennat, il passe en revue le bilan du président sur les grands sujets de préoccupation des Français.
François Hollande observe une minute de silence dans une école du Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis), mardi matin. AFP/PHILIPPE WOJAZER

François Hollande observe une minute de silence dans une école du Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis), mardi matin. AFP/PHILIPPE WOJAZER

Pour François Hollande, l’école était un enjeu doublement crucial. Il avait fait de la jeunesse une priorité de sa campagne, et avait réussi à convaincre bon nombre des enseignants de voter pour lui. Cinq ans plus tard, quel est le bilan ? Si les gouvernements successifs ont tenté de transformer les promesses ambitieuses du candidat en réalisations concrètes, il reste des béances que le quinquennat n’aura pas suffi à combler.

Conformément à l’engagement du candidat Hollande, le premier ministre de l’Education nationale du quinquennat, Vincent Peillon, a lancé en juillet 2012 une grande concertation pour préparer ce qui allait être la colonne vertébrale de sa politique éducative : la loi de refondation de l’école Promesse tenue de François Hollande.

Les rythmes scolaires

La première grande réforme du quinquennat allait pourtant rapidement montrer que cette méthode n’empêcherait pas les critiques de pleuvoir de toutes parts, des professeurs aux parents d’élèves en passant, bien sûr, par l’opposition parlementaire.

Le rétablissement de la semaine de 4,5 jours Promesse tenue de François Hollande, pourtant annoncé pendant la campagne, a suscité une levée de boucliers importante des communes, peu enclines à organiser et financer les nouvelles activités périscolaires proposées aux écoliers : à la rentrée 2013, elle n’était appliquée que dans 17 % des villes. Le gouvernement a dû multiplier les aides financières, et étaler l’application de la réforme sur deux ans, pour surmonter les résistances.

Deux ans après la généralisation de la réforme, un rapport de l’inspection générale de l’Education nationale a brossé en 2016 un tableau mitigé de la situation. S’il approuve le retour de la cinquième matinée de cours, il s’interroge sur l’alourdissement des semaines. Autre point d’inquiétude : l’absentéisme, en particulier quand la matinée d’école est le samedi plutôt que le mercredi. Signe de la difficulté pour la réforme de s’ancrer dans les esprits : les deux finalistes de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, ont indiqué vouloir l’aménager ou l’abroger.

Au-delà du rythme hebdomadaire, le gouvernement a un temps envisagé de raccourcir les vacances scolaires estivales (comme c’est le cas dans de nombreux pays), avant de revenir sur ses pas. Il s’est contenté d’allonger les vacances de la Toussaint à deux semaines, de réformer les zones et procéder à quelques ajustements mineurs pour empêcher que les élèves travaillent plus de sept semaines consécutives de classe – seuil au-delà duquel la fatigue des enfants est jugée trop importante.

La formation des professeurs

Autre promesse emblématique du candidat Hollande, le rétablissement de la formation initiale des enseignants Promesse tenue de François Hollande a été concrétisé à la rentrée 2013, avec la création des écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE). L’objectif était de renforcer la formation pratique des futurs enseignants, alors que les instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) dispensaient un enseignement essentiellement théorique depuis leur rattachement aux universités par Nicolas Sarkozy, en 2008. Dans les ESPE, de nombreux professeurs encore en activité interviennent auprès des futurs enseignants, et la deuxième année se fait en alternance en stage, face aux élèves.

En juin 2014, un rapport sénatorial jugeait la mise en place des ESPE  » globalement réussie « , tout en mettant en garde contre une  » diminution substantielle du budget de fonctionnement de plusieurs ESPE par rapport aux ressources de l’IUFM, pouvant aller dans certains cas jusqu’à -30% « . A la rentrée 2016, l’ancien président du CRAP-Cahiers pédagogiques Philippe Watrelot en dressait toutefois un bilan plus mitigé : « l’année de [master 1] conduit à un « bachotage » en vue du concours. Même si les épreuves ont changé et si elles comportent plus de pédagogie et de didactique, cela reste un peu « hors sol » ».

Les recrutements d’enseignants

Si la loi de refondation de l’école a consacré l’objectif ambitieux de 60 000 créations de postes Promesse partiellement tenue de François Hollande  proclamé pendant sa campagne par François Hollande, le bilan est plus difficile à tirer qu’il n’y paraît, cinq ans plus tard.

Pour en savoir plus, lire notre décryptage : 60 000 postes dans l’éducation : la promesse de Hollande est-elle tenue ?

Au moins 3 200 postes ont été alloués au dispositif  » plus de maitres que de classes « , qui consiste à affecter un enseignant supplémentaire dans chaque école. Un score en-deçà de l’objectif de 7 000 Promesse partiellement tenue de François Hollande, même si la ministre Najat Vallaud-Belkacem jure qu’il serait atteint à la rentrée 2017.

Les recrutements du quinquennat ont également permis le renforcement de la scolarisation des enfants de moins de 3 ans Promesse partiellement tenue de François Hollande, avec plus de 1 000 postes créés en pré-scolarisation entre 2013 et 2015, particulièrement dans les zones prioritaires.

Reste qu’à la fin d’un quinquennat marqué par un effort substantiel en termes de moyens, le personnel enseignant peine à sentir l’amélioration des conditions de travail sur le terrain. En raison de la croissance démographique, le nombre moyen d’élèves par classe dans le secteur public est resté stable au cours du quinquennat.

L’éducation prioritaire

Tout au long de ces cinq ans, le gouvernement a choisi donner la priorité à l’éducation prioritaire en termes de moyens. En revanche, il a renoncé à son ambition de  n’affecter dans les zones difficiles que « des enseignants expérimentés sur la base du volontariat » Promesse brisée de François Hollande, laissant de jeunes enseignants commencer leur carrière en éducation prioritaire.

Comme promis, il a mis fin à l’ancien système de zonage des établissements, en remplaçant les ZEP par les Réseaux d’Education prioritaire (REP) en 2014 Promesse tenue de François Hollande. Ce nouveau découpage de l’éducation prioritaire, qui met en réseau les collèges avec les écoles de la zone, est accompagné de mesures de soutien (notamment financières), d’allègements des effectifs et des emplois du temps des professeurs.

En revanche, François Hollande a renoncé à réformer véritablement la carte scolaire Promesse brisée de François Hollande. Il s’est contenté d’expérimenter la création de secteurs « multi-collèges » : depuis la rentrée 2016, des élèves habitant en zone urbaine sensible ont ainsi pu aller étudier dans une commune pavillonnaire associée, et vice versa. Mais seules 12 expérimentations ont vu le jour, contre 25 annoncées, et ce dispositif dépend largement de la volonté des acteurs locaux.

Plus généralement, l’état des lieux des inégalités sociales dans le système scolaire français dressé par le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco)  en septembre 2016 reste désastreux. Issu de deux années de travaux multidisciplinaires, ce rapport met en cause la politique de ZEP, et plus généralement les différences de traitement en fonction des milieux sociaux. Alors que la lutte contre les inégalités est érigée en priorité par l’exécutif depuis 2012, le Cnesco regrette un « défaut de mise en œuvre » des politiques, et estime que celles-ci resteront inefficace si « les écoles et les collèges les plus ségrégués ne font pas l’objet d’une politique volontariste de mixité sociale ».

Le soutien aux décrocheurs

Une autre grande ambition du candidat Hollande était de réduire de moitié le nombre de décrocheurs scolaires Nouvelle annonce de mandat – évalué en 2012 à 140 000 jeunes quittant chaque année le système scolaire sans diplôme ni qualification.

Différents plans de lutte contre le décrochage scolaire ont été mis en place, dont celui de novembre 2014, doté de 50 millions d’euros. Il engageait un meilleur suivi des risques de décrochages, la désignation de référents dans les établissements, des formations pour les enseignants, ou encore des « micro-lycées », structures d’accueil pour les décrocheurs. Ce plan instaurait également un droit au retour en formation pour des jeunes de 16 à 25 ans, sortis du système scolaire sans diplôme ou sans qualification professionnelle (le dispositif « reviens te former »).

Pour prévenir le décrochage scolaire, le gouvernement a renforcé les dispositifs d’orientation des élèves, en créant en 2014 le service public régional de l’orientation Promesse tenue de François Hollande, répondant ainsi à une promesse de François Hollande en 2012.

Si les différentes mesures avancées par l’exécutif ont conduit à une baisse indéniable du décrochage scolaire, les résultats sont en-deçà des attentes, puisque le ministère avançait pour 2016 une estimation de 98 000 décrocheurs (-30 % sur quatre ans).

Le contenu pédagogique

Le programme de François Hollande était peu dissert sur le contenu des enseignements qui devaient être dispensés à l’école. Dans son programme, le candidat socialiste rappelait simplement la nécessité de renforcer l’apprentissage des fondamentaux Promesse tenue de François Hollande.

Pour ce faire, le ministre Vincent Peillon a amorcé fin 2013 une réforme des programmes de la maternelle, du primaire et du collège, trois jours après la publication du rapport PISA pointant la dégradation du niveau des jeunes Français. Malgré plusieurs vagues de contestation, la réforme des programmes Promesse tenue de François Hollande a été menée à son terme, d’abord en 2015 pour les classes de maternelle, puis en 2016 pour le primaire et le collège. Les nouveaux programmes tentent de mettre l’accent sur la lecture et l’écriture, et redéfinissent le socle commun.

Enfin, là où le candidat Hollande promettait de  » transformer les méthodes pédagogiques «  Promesse trop imprécise de François Hollande, il semble difficile de constater le tournant pédagogique qu’une telle promesse, relativement vague, laissait présager.

La réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem aura également été source de nombreuses critiques Promesse tenue de François Hollande. Menée par décret plutôt que par la voie parlementaire en 2015, cette réforme a donné lieu à la rentrée 2016 à plusieurs évolutions :

  • La création des  » enseignements pratiques interdisciplinaires «  (EPI) : des temps de travaux en groupes dès la 5e, autour de grands thèmes, allant du développement durable à l’antiquité en passant par l’art et l’économie ;
  • L’apprentissage de la deuxième langue (LV2) dès la 5e, au lieu de la 4e ;
  • La suppression de classes bilangues et des enseignements séparés du grec et du latin.

Les autres évolutions pédagogiques du quinquennat ont suscité moins de remous. La formation les enseignants aux questions de laïcité Promesse tenue de François Hollande et le renforcement l’éducation aux médias et à l’information Promesse tenue de François Hollande ont été décidés dans la foulée des attentats de 2015. Ils sont venus compléter le nouvel enseignement moral et civique qui a vu le jour à la rentrée 2014 Promesse tenue de François Hollande.

Enfin, un nouveau partenariat entre les ministère de l’Education nationale et de la Défense Promesse tenue de François Hollande a été scellé en mai 2016, pour  » renforcer le lien entre la jeunesse et la défense «  et  » la cohésion républicaine et citoyenne « . Il s’agit moins d’un plan concret que d’un schéma directeur général, mettant en avant la formation des professeurs, le renforcement de l’égalité des chances et le renforcement des relations entre la défense et l’enseignement supérieur, par exemple.

Brice Le Borgne

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