Jean-Michel Blanquer, un spécialiste marqué à droite à l’éducation nationale

Le directeur de l’Essec, âgé de 52 ans, a été deux fois recteur et numéro deux rue de Grenelle. Sa vision des réformes à faire est « Macron compatible ».

En 2012, à Paris.

Son nom circulait depuis plusieurs semaines. Jean-Michel Blanquer, 52 ans, accède au poste vers lequel il se projetait de longue date, en devenant ministre de l’éducation nationale.

C’est un personnage que la communauté éducative connaît, et pas seulement parce qu’il dirige, depuis 2013, l’Essec, dans le top 3 des plus grandes écoles de management françaises. Jean-Michel Blanquer apparaîssait jusqu’à présent moins comme un politique que comme un expert, un technicien du système éducatif. Tout au long de sa carrière, il a occupé de hautes fonctions d’administrateurs au sein de l’éducation nationale. Jusqu’à être, entre 2009 et 2012, le directeur général de l’enseignement scolaire (« Dgesco ») – autrement dit, le numéro 2, rue de Grenelle, du temps où Luc Chatel en était le ministre.

Diplômé de philosophie, agrégé de droit, ce fils d’une enseignante anglaise et d’un avocat parisien accède à des postes de premier plan sous la droite : il est nommé recteur de Guyane à 40 ans, en 2004. L’année suivante, il est pressenti comme ministre de l’éducation nationale dans le gouvernement de Dominique de Villepin, mais il sera finalement directeur adjoint du cabinet de Gilles de Robien. Il prend en 2007 la direction de l’académie de Créteil, l’une des plus vastes et des plus difficiles de France métropolitaine.

Jean-Michel Blanquer s’y forge la réputation d’un recteur bouillonnant – l’« hyperrecteur » , donnant son feu vert à tous types d’expérimentations. Sur ses terres germe une longue série d’expérimentations souvent décriées. Ce sont les débuts des internats d’excellence, structures dérogatoires pour élèves méritants issus des milieux défavorisés, que la gauche enterrera en 2012. Les débuts, aussi, de la « mallette des parents » ou du « cartable numérique » pour les collégiens, le développement des micro-lycées ou des conventions d’éducation prioritaires avec Sciences Po. Sans oublier la « cagnotte » pour les décrocheurs censée inciter les lycéens à l’assiduité scolaire. Payer les jeunes pour qu’ils ne sèchent pas les cours ? Le projet met en émoi la communauté éducative.

Un homme pragmatique

En homme pragmatique, le recteur Blanquer fait évaluer ces expériences par l’Ecole d’économie de Paris. Une méthode qu’il défend : le pilotage par la science et les résultats. C’est aussi celle qu’il continue à employer en tant que « Dgesco », fonction qu’il quitte en 2012, remercié par la gauche.

Pour le monde enseignant, il reste celui qui a fait appliquer la politique éducative sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, une période marquée par les coupes budgétaires et un discours très dur à l’encontre les fonctionnaires.

Avant de prendre la direction générale de l’Essec en 2013, son regard se porte vers l’Institut d’études politiques de Paris (IEP) qui pleure son directeur Richard Descoing, disparu le 3 avril. Sa candidature, parmi vingt-six autres, ne sera finalement pas retenue mais Jean-Michel Blanquer a su l’imposer dans la « short list » finale, avant que l’énarque Frédéric Mion ne soit nommé.

L’homme aime écrire. En 2014, il publie L’Ecole de la vie puis, à la rentrée 2016, L’Ecole de demain (tous deux chez Odile Jacob), accueillis comme un programme ministériel assumé. Son projet pour l’éducation prend également corps dans les médias. Sur France Info, à l’émission « Moi président » enregistrée mi-novembre 2016, il explique que sa mesure phare porterait sur l’école maternelle et l’acquisition du langage. Dans un entretien à L’Expansion en décembre 2016, il s’exprime comme s’il s’apprêtait déjà à revenir au ministère de l’éducation.

« Une troisième voie »

Dans l’entre-deux-tours de la campagne présidentielle, Jean-Michel Blanquer a pris position. Sur Twitter le 3 mai, il mettait en garde ses étudiants de l’Essec « si la France devait prendre dimanche prochain un chemin contraire à cet idéal ». Le lendemain, dans Le Point, il consacrait sa chronique à interroger « une troisième voie en éducation ». « Le programme Macron n’est pas le symétrique de celui de Le Pen, a-t-il écrit. Il semble bien tenter de trouver cette troisième voie qui a réussi ailleurs en tirant tout le monde vers le haut ».

Son programme tel qu’il transparaît dans son dernier ouvrage – élaboré avec l’aide de l’Institut Montaigne, un think tank libéral – apparaissait bien « Macron compatible ». Au point qu’on peut se demander si M. Blanquer n’en a pas été un des principaux inspirateurs. On y retrouve la priorité aux premières années de la scolarité et la proposition de diviser par deux la taille des classes dans les zones d’éducation prioritaire.

On y retrouve aussi les stages de remise à niveau, l’été, pour les élèves en difficulté, les études dirigées le soir pour tous les collégiens, une réforme du baccalauréat, le rétablissement de « parcours spécialisés » au collège et un principe d’autonomie très fort… Autant de promesses de campagne du candidat Macron.

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  •  Aurélie Collas
    Journaliste au Monde
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  • Mattea Battaglia
    Journaliste au Monde

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