Sciences de gestion : quel écosystème pour cette discipline universitaire ?

Sur le site de « The Conversation France », Marc Bidan, professeur des universités en management des systèmes d’information à l’université de Nantes, analyse dans ce second volet la dimension institutionnelle de l’écosystème des sciences de gestion et notamment les rôles joués par la Fnege.

Université - amphithéatre - Paris2 - février2012 ©C.Stromboni

Marc Bidan dresse un panorama de l’écosystème institutionnel des sciences de gestion. // © C. Stromboni

Sur le site de « The Conversation France », Marc Bidan, professeur des universités en management des systèmes d’information à l’université de Nantes, analyse dans ce second volet la dimension institutionnelle de l’écosystème des sciences de gestion et notamment les rôles joués par la Fnege.

Sous l’angle institutionnel, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et la Fnege sont parmi les grands acteurs de cet écosystème. Ils en assurent concrètement la gouvernance et en partie la pérennité. […]

Le ministère et sa galaxie

Le ministère – et ses fameux bras armés technologiques que sont Galaxie et tous ses exotiques satellites : Electra, Antares, Helios, etc. – a en charge l’organisation opérationnelle et administrative du recrutement puis de la gestion des carrières des enseignants-chercheurs en poste à l’université. Il est assez peu présent concernant les programmes et les maquettes des diplômes qui, historiquement, sont de la responsabilité des universités.

Elles sont parfois accompagnées par les associations académiques ou sociétés savantes via par exemple un processus de labellisation de leur master (AGRH, AIM…). Notons toutefois, à propos du processus de validation des diplômes, deux exceptions. Il s’agit des diplômes universitaires de technologies (DUT) au sein des IUT et les diplômes comptables supérieurs (DCG, DSCG et DEC), qui demeurent pilotés et validés au niveau national par les services du ministère.

Le ministère et le CNU

Le ministère peut donc s’appuyer sur les sessions plénières régulières du CNU ayant lieu en général en février, en mai et en septembre pour délibérer sur les qualifications préalables qui donneront alors le « top départ » aux concours de recrutement des enseignants-chercheurs, qui seront ensuite organisés par les universités elles-mêmes. Pour ceux qui seront qualifiés, commence alors la course aux fameux comités de sélection eux-mêmes à l’origine, pour ceux qui seront auditionnés, des épiques « tour de France » des candidats et/ou des examinateurs que les uns raconteront plus tard et que les autres mélangeront…

Ce tour de France signifie aussi concrètement pour une ou un jeune enseignant-chercheur sa titularisation après l’expérience d’un postdoc ou d’un poste d’Ater par exemple !

Les uns – les candidats – raconteront leur épopée avec un entretien brillamment réussi (motivé !) tôt le matin à Lille et passablement raté (fatigué !) tard dans la même journée à Nantes – et s’en souviendront. Cette romanesque épopée en métropole et outre-mer détermine souvent – si tout se passe bien – le premier poste, la première affectation, la première université, les premiers amphis du matin assurés fébrilement après avoir pourtant triomphalement trouvé l’incontournable appariteur maître des clés… Ce tour de France signifie aussi concrètement pour une ou un jeune enseignant-chercheur sa titularisation après l’expérience d’un postdoc ou d’un poste d’Ater par exemple !

Le ministère et l’agrégation

Justement, parlons de l’agrégation… Le ministère peut donc littéralement court-circuiter le CNU. Il lui faut pour cela ouvrir, tous les deux ans, le controversé mais romanesque concours national d’agrégation externe en sciences de gestion dont il fournit même les 24 pages de bibliographie indicative. L’agrégation interne est actuellement remisée aux oubliettes de l’histoire. Elle est peu ou prou remplacée par la procédure de qualification au titre de l’article 46.1 pilotée par le CNU (puis passage en comité de sélection). Notons également la procédure de qualification au titre de l’article 46.3 (qui n’exige pas la HDR) qui est inversée car elle est pilotée par les comités de sélection, avant que les résultats des auditions ne soient validés (ou pas !) par le CNU. […]

En général, à l’issue de chacune des trois épreuves, une partie des candidats est éliminée. Puis, les heureux lauréats se voient proposer une affectation en tant que professeurs des universités titulaires (cette titularisation sans passer par la case « stage » est rare dans la fonction publique) en cohérence avec son classement. Cette quatrième épreuve est la moins académique – et parfois cruelle – avec des projets de vie qui basculent au gré du tour de table piloté par la ou le président(e) du jury et ce, par rang décroissant de classement.

Cette quatrième épreuve est la moins académique – et parfois cruelle – avec des projets de vie qui basculent au gré du tour de table piloté par la ou le président(e) du jury.

En règle générale, soyons clairs, plus le tour de table avance, plus le choix numéro 1 un instant envisagé s’éloigne… mais là encore notre écosystème a tout prévu. En pratique, cette quatrième épreuve a lieu à Paris. Elle est placée sous la responsabilité du major du concours (félicitations) qui a pour mission que tout se passe bien lors du tour de table. Celui-ci fait l’objet d’une note et a lieu en présence des lauréats, de la présidente ou du président du jury et de la représentante officielle des RH du MESR collectant les signatures des lauréats actant leur entrée dans le corps de professeurs des universités. Ce tour de table précède le verre de l’amitié offert par la Fnege et qui marque la fin du concours et le début d’une autre aventure !

La Fnege et ses 25 associations partenaires…

La Fnege, depuis son siège parisien, a également ses bras armés que sont les 25 associations académiques affiliées à la fondation. Elles ont pour mission d’impulser, d’accompagner et de diffuser les travaux scientifiques des collègues au sein des institutions qui les accueillent.

À ce propos, le délégué général (M. Thévenet, successeur de PL. Dubois) et ses équipes sont justement en charge de ce travail d’information, de coordination, de proposition (nouvelle formule des prix de thèses, labellisation des ouvrages…) et parfois d’arbitrage. Il s’agit souvent de rassembler les troupes autour de projets communs afin d’assurer une certaine visibilité. […]

Outre l’évident intérêt romanesque, cette fragmentation pose à chacune d’elle le problème de sa représentativité et à la maison mère – la Fnege – le défi d’une juste coordination.

Nous abordons donc ces fameuses associations académiques qui regroupent les collègues enseignants-chercheurs de toute provenance géographique et/ou institutionnelle. Elles sont non exclusives. Elles se positionnent par infradisciplines historiques comme, par exemple, les spécialités proposées à l’agrégation, (le marketing, la stratégie, la finance, la comptabilité, les ressources humaines, la gestion des systèmes d’information et de communication, la production et la logistique, la gestion juridique…) ou encore par infradisciplines transverses (le management du tourisme, l’histoire du management, le management international, la société française de management, etc.)

Pour des raisons diverses et variées dont certaines sont dues à l’attractivité de l’infradiscipline et à l’ouverture de nouveaux champs de recherche, ces associations académiques sont de plus en plus nombreuses. Outre l’évident intérêt romanesque (scission, trahison, recomposition, défrichage, peu (ou pas encore) de fusion/absorption…), cette fragmentation pose à chacune d’elle le problème de sa représentativité (et parfois même de son existence) et à la maison mère – la Fnege – le défi d’une juste coordination.

Lire la suiteL’article a été publié sur The Conversation avec le titre original « Let’s conf’… exploration d’un écosystème académique en pleine saison des conférences »

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