Classement des masters en management : HEC en tête

Sur le campus d’HEC, à Jouy-en-Josas. Déjà 2ème du classement des masters du « FT », l’école figure cette fois en tête selon « The Economist ». (Photo : DR)

Deux enseignements à tirer du nouveau classement des masters en management que vient de publier le journal britannique « The Economist », et qui a fait grand bruit.

Le premier est que le lancement de cet outil vient confirmer l’intérêt accru du monde anglo-saxon pour les masters. Jusqu’à présent, en effet, les anglo-saxons se focalisaient plutôt, concernant le management, sur les programmes bachelor et sur le MBA, diplôme a priori « post-expérience ». Alors que le master restait l’apanage des institutions européennes et du système LMD. C’est la raison pour laquelle nombre d’institutions prestigieuses comme Harvard, Chicago University, Kellogg ou Stanford, n’apparaissent pas dans ce classement. Or ces derniers années, plusieurs institutions britanniques de premier rang, à l’instar de la London Business School (LBS), se sont lancées à leur tour sur le « marché » des masters, réussissant à attirer ainsi nombre d’étudiants internationaux. Inversement, dans le même temps, le bachelor fait une percée remarquée sur le Vieux Continent, et notamment dans l’Hexagone. Bref, entre les deux formats, le match bat son plein.

La seconde leçon de ce palmarès est plutôt… une confirmation : mieux vaut prendre ces classements avec prudence – même lorsqu’ils sont publiés par des journaux à la réputation sérieuse.

Celui de « The Economist » réjouira évidemment au plus haut point les responsables d’HEC, classée en tête – le journal britannique range même l’école de Jouy-en-Josas dans une catégorie à part, tant elle domine, selon lui, ses concurrentes. Rappelons au passage qu’HEC est également classée 2ème des masters par un autre journal britannique, le « Financial Times », derrière l’école suisse de Saint-Gall. Ajoutons encore qu’HEC est également membre du consortium CEMS, classé 9ème, et qui propose un master spécifique. Année après année, la business school francilienne continue d’engranger les classements internationaux flatteurs pour ses différents programmes.

Le master en management de l’Essec (autrement dit, son programme « grande école ») est classé 4ème mondial par « The Economist ». (DR)

Satisfaction également, côté français, pour l’Essec, qui décroche une honorable 4ème place (3ème pour le « FT »), et aussi pour l’Edhec (au 16ème rang) et Grenoble EM (au 20ème).

Plusieurs autres positions flatteuses paraissent justifiées, comme celles de Saint-Gall (5ème), des espagnoles Esade (10ème) et IE (11ème).

Les surprises d’un classement

Mais pour le reste, les motifs d’étonnement ne manquent pas dans ce classement. A commencer par la 3ème place de WTU à Coblence, en Allemagne, dont la visibilité internationale était jusqu’alors assez limitée.

On note aussi avec une certaine surprise que l’Allemagne place trois de ses institutions dans les huit premières. Ou que 10 institutions britanniques (sur un total de 40…) figurent dans ce classement. Et de façon générale, force est d’observer un dosage très «politiquement correct », avec des institutions américaines (7 en tout, dont la Southern Methodist University de Dallas…), mais aussi chinoises, d’URSS ou d’Australie…

Surtout, un certain nombre d’absences interpellent dans ce palmarès : celles de la Bocconi de Milan, de l’Université de Louvain en Belgique, de la London Business School, dont le master lancé récemment a acquis très vite une solide réputation (il est classé 6ème par le «Financial Times »), de Smurfit (University College) à Dublin… Et côté français, il est permis de s’interroger sur les absences de l’ESCP-Europe (pourtant 4ème selon le FT…), d’EM Lyon, d’Audencia, de Skema, de l’Ieseg…

Disons-le sans ambages : ce nouveau classement ressemble plus à un galop d’essai qu’à un travail complet et fiable. Il est permis d’espérer une prochaine édition plus aboutie… Et rappelons une fois encore les multiples raisons pour lesquelles tous ces classements, même internationaux, sont à consommer avec une grande modération. Pour les masters comme pour tous les autres programmes, en management comme en sciences de l’ingénieur ou dans les autres disciplines.

D’abord, leur principe même est très discutable : à l’heure où la plupart des institutions cherchent à « se différencier » les unes des autres et adoptent des stratégies originales, les classer revient à les aligner toutes sur le même modèle et à gommer leurs différences. Sans compter que mettre en chiffres ce qui relève du qualitatif et du subjectif – la qualité de l’enseignement – est forcément très, très réducteur.

Sur le campus de l’Essec. (DR).

Ensuite, réaliser un classement est forcément chose très complexe, qui exige du temps, des ressources humaines et des moyens que la plupart des journaux n’ont pas. Il faut en effet manier (et vérifier…) des masses considérables de données. Résultat, la plupart des classements sont émaillés d’erreurs. On a même vu classés des programmes qui n’avaient pas encore vu le jour… Chaque publication de classement donne d’ailleurs lieu à un certain nombre de contestations, souvent justifiées, sur lesquelles les journaux jettent en général un voile pudique…

Et ce n’est pas tout : au-delà des erreurs, il y a aussi les déclarations plus ou moins inexactes ou « avantageuses » des diplômés, des anciens… ou des écoles elles-mêmes. Déclarations qu’il est à peu près impossible de vérifier sérieusement, contrairement à ce qu’affirment les responsables des journaux. Sans parler, dans certains cas, des arrangements manifestes avec la vérité, pour des motifs pas toujours avouables…

Ajoutons encore qu’il n’est peut-être pas sain que la presse anglo-saxonne (le « Financial Times », « The Economist », « Forbes »…) truste les classements internationaux, en particulier dans le domaine du management. Cela risque en effet d’introduire certains biais…

Dans ces conditions, il n’est pas inutile d’appeler une fois encore à la retenue et à la prudence vis-à-vis des classements. Ceux-ci peuvent, bien sûr, fournir d’utiles informations (notamment chiffrées) sur le fonctionnement, les priorités et la stratégie des institutions – au-delà du rang qui est attribué à chacune. Mais l’existence des classements ne saurait dispenser les étudiants et les candidats (ou les familles) d’un travail élémentaire (et sans doute fastidieux, certes) d’information sur les établissements. On peut notamment consulter avec soin les sites web des institutions, s’intéresser à leurs accréditations internationales, être attentif à leur présence sur les médias traditionnels et les réseaux sociaux… Car choisir son école, son université ou son programme est chose trop sérieuse pour être confiée aux seuls classements.

PS. Un léger accident m’a empêché, ces dernières semaines, de poursuivre la rédaction de ce blog. Que les lecteurs et contributeurs veuillent bien m’en excuser.

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