Peut-on, sans philosophie, être un vrai bachelier ?

Introduite au lycée au XIXe siècle pour contrer l’Eglise, la philosophie n’est pas enseignée dans les filières pro ; beaucoup le vivent comme une injustice de plus.

Article sélectionné dans
La Matinale du 14/06/2017
Découvrir l’application

édition abonné

Epreuve de philo du baccalauréat général.

La « philo », épreuve reine du baccalauréat ? Pas pour Esra, Derya, Joséphine, Wilma et Saoudata. Ces cinq élèves du lycée Alfred-Nobel de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) comptent parmi les quelque 200 000 candidats de la voie professionnelle qui, pendant que leurs camarades des voies générales et technologiques composeront, jeudi 15 juin, sur une question ou un texte de philosophie, auront à se pencher sur des épreuves de français et d’histoire-géographie.

« Que » du français et de l’histoire-géographie, relève Esra, en insistant sur le mot. « C’est comme si ça comptait moins, confie-t-elle. Comme si la société ne nous voyait pas, nous, notre bac, nos efforts… » Ses camarades acquiescent.

Rencontrées dans la dernière ligne droite avant le « jour J », lors d’un de leurs derniers cours de français, les cinq jeunes filles ont pourtant le sentiment de travailler dur – trois thématiques de littérature à étudier, quatre d’histoire, quatre de géographie et deux d’enseignement moral et civique.

Le sentiment, aussi, de revenir de loin, elles qui sont arrivées dans cette filière professionnelle sans l’avoir choisie ; le sentiment, enfin, de ne pas être traitées comme des candidates à part entière.

« On ne fait peut-être pas de philo, mais les inégalités, l’injustice, ça nous connaît », lâche Derya dans un sourire. « C’est comme si on ne passait pas un bac normal, observe Esra. Quand je dis autour de moi que je prépare un bac ARCU [pour « accueil, relation clients et usagers »], c’est toujours la même réaction : « T’as besoin d’un bac pour être hôtesse d’accueil ? »

« Discrimination »

Des remarques de ce type, toutes en ont subi. « T’es orientée là parce que t’as pas de projet », s’est entendu dire Derya. « Pas de capacité », se souvient Esra. « Pas d’avenir », souffle Wilma d’une toute petite voix. « Tu passes toute ta scolarité…

L’accès à la totalité de l’article est protégé Déjà abonné ? Identifiez-vous

Epreuve de philo du baccalauréat général.

Peut-on, sans philosophie, être un vrai bachelier ?

Il vous reste 73% de l’article à lire

Achetez cet article 2 € Abonnez-vous à partir de 1 € Découvrez l’édition abonnés

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *