Bac de français 2017 : « La réussite en dissertation est plutôt liée à une forme d’esprit qu’à une question de niveau »

Que penser des sujets des écrits du bac de français 2017 ? Que fallait-il placer dans sa copie ? Deux enseignantes de français ont répondu lors d’un tchat sur Le Monde.fr.

Premier jour du bac 2017, le 15 juin.

Jeudi 15 juin après-midi a eu lieu le bac français 2017 : des milliers d’élèves en classe de première ont planché sur l’écrit des épreuves anticipées du baccalauréat. Au programme, des textes de Dumas, d’Hugo, de Proust ou de Verlaine, des sujets de dissertation sur le « personnage de roman » ou le « rôle du poème », des sujets d’inventions où l’on devait faire parler un train ou un spectateur de cinéma… Que penser de ces sujets ? Que fallait-il absolument placer dans sa copie ? Pendant et après les épreuves, les internautes du Monde.fr étaient invités à poser leurs questions à Sonya Laborie, professeuse de lettres au lycée Martin-Luther-King de Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne), ainsi qu’à Stéphanie Martel, professeuse de français au lycée Evariste-Galois de Satrouville. Compte rendu.

« Vous avez pris connaissance des sujets tombés au bac de français 2017. Un premier commentaire ? »

Sonya Laborie. Ce sont de bons sujets. Pour le sujet de technologie le choix de textes moins connus de Verlaine, d’Anna de Noailles et de Jacques Prévert évite la difficulté d’essayer de se souvenir d’un cours antérieur. Et les textes ne sont pas trop longs et modernes.

Sur les sujets ES et S, les textes sont extraits d’œuvres d’auteurs connus, littéraires : Marcel Proust, Marguerite Duras et Albert Camus. Petit bémol : le texte de Duras est peut-être un peu trop connu, et souvent étudié en classe. Ce qui peut constituer un handicap pour l’élève qui connaissait le texte, dans la mesure où cela peut le bloquer sur une explication dont il essaie de se souvenir.

Pour les L, c’est aussi un bon sujet. Avec des textes d’auteurs connus (Voltaire, Hugo, Dumas), faciles à recontextualiser pour les élèves, et des textes originaux de ces auteurs.

« Pour l’écriture d’invention à quelle personne il fallait s’exprimer ? »

Stéphanie Martel. Pour la série STMG, il était précisé que le texte devait être écrit « à la première personne ». En ce qui concerne les séries ES et S, rien n’est précisé, donc ni obligation ni interdiction. Ce qui est certain c’est qu’on demande un point de vue interne, on demande bien d’entrer dans les pensées et les émotions du personnage. Pour la série L, il fallait poursuivre un texte écrit à la troisième personne…

« Quelle construction d’analyse peut être jugée la plus pertinente pour le sujet suivant : “Le personnage de roman se construit-il exclusivement par son rapport à la réalité ?” En particulier, comment articuler un plan eu égard au terme “exclusivement” ? »

Sonya Laborie. Un plan dialectique est possible. Celui-ci développera une première partie montrant qu’un personnage de roman a un rapport à la réalité, une dimension réaliste, voire réelle (quand on a un personnage historique par exemple). Une seconde partie sous forme d’antithèse peut développer la nature fictionnelle du personnage que l’on ne doit pas confondre avec une personne. Dans une troisième partie on peut interroger la notion d’exclusivité, et dire qu’un personnage peut être un peu des deux. La synthèse doit dépasser la notion d’exclusivité et expliquer que le personnage a une part de réel et de fiction, que c’est aussi un style.

« A quand une notation par compétence pour le bac de français ? »

Stéphanie Martel. Il y a bien une notation par compétence pour le bac de français, les chartes des académies les signalent, comme ici. Elles reprennent les textes officiels. Ce sont toujours les mêmes : 1. Lire et interpréter. 2. Tisser des liens entre les textes et mobiliser sa culture. 3. Construire un jugement argumenté. 4. Maîtriser la langue. Les correcteurs ont l’obligation de travailler avec cette charte.

« Madame, que pensez-vous du sujet d’invention des S et ES ? “A la manière de” sous-entend réécriture, et donc, plus proche d’un programme de L que d’ES-S. Est-ce bien pertinent ? »

Sonya Laborie. Oui c’est pertinent, car « à la manière de » renvoie effectivement au style, mais le sujet d’invention demande de pouvoir analyser les procédés stylistiques des auteurs et de les réemployer avec finesse. C’est en cela qu’ils diffèrent des sujets de troisième du brevet des collèges.

« A propos de l’invention pour les filières ES et S : comment peut-on écrire “à la manière” d’auteurs aux styles aussi différents que Duras, Camus et Proust ? Faut-il choisir l’un des trois styles ? »

Stéphanie Martel. C’est une excellente question. Visiblement vous avez dû choisir un des trois, et vous avez eu raison. C’est en effet la manière la plus simple de faire, car mélanger du Proust, du Duras et du Camus est compliqué. Il me semble que le sujet vous incitait surtout à utiliser un point de vue interne, comme ces auteurs.

« En français, jusqu’à combien de points peut-on perdre à cause des fautes d’orthographe ? »

Sonya Laborie. Le barème est précis. En série technologique, 15 fautes = – 1, et 30 fautes = – 2. Donc on sanctionne jusqu’à – 2 points maximum. En série générale, la sanction est de 10 fautes = – 1, 20 fautes = – 2.

« Bonjour, pour l’écriture d’invention du sujet S et ES, fallait-il prendre un film existant ? »

Stéphanie Martel. Je crois que c’était une aide d’avoir en tête un film particulier pour en parler. Mais je pense qu’on pouvait être sur un « genre » de film plus que sur un film en particulier.

« Quel plan semble le mieux pour le commentaire de Duras (texte B) ? »
Sonya Laborie. Il n’y a aucun plan préférable, puisque le plan dépend de la problématique. Cependant, une des problématiques que l’on peut attendre est « En quoi cet extrait met-il en scène un personnage de roman moderne ? » puisque Marguerite Duras appartient au cercle du « Nouveau Roman ». Il fallait interroger le personnage de roman ou interroger l’écriture romanesque capable d’intégrer un autre art, celui du cinéma. Duras a une écriture très cinématographique, elle écrit au présent, elle théâtralise.

« Il y a des profs qui ne donnent pas la méthode de la dissertation aux élèves, avec l’argument que “personne ne prend la dissertation et qu’ils n’ont pas le niveau”, qu’en pensez-vous ? »

Stéphanie Martel. C’est un peu dommage car certains sujets sont très proches de sujets donnés en cours, et donc très accessibles pour tous, comme le sujet STMG. La réussite en dissertation est plutôt liée à une forme d’esprit (logique, structure, etc.) qu’à une question de niveau.

« Comment peut-on différencier un sujet de philo d’un sujet de français ? »

Sonya Laborie. Le sujet de philo demande de mobiliser des connaissances philosophiques (Platon, Sartre, Locke, etc.), des notions d’empirisme, d’idéalisme par exemple. Alors que les sujets littéraires demandent de mobiliser une culture littéraire, c’est-à-dire qu’il faut analyser précisément les œuvres. La différence entre la philosophie et le français est à peu près la même qu’entre les mathématiques et la physique. C’est plus concret en français, il faut analyser le texte et ne pas se contenter de propos vagues.

« Bonjour que pensez-vous qu’il fallait trouver comme particularité dans la première question du corpus du sujet STMG ? »

Stéphanie Martel. Les « trains » évoqués par les auteurs sont caractérisés par un champ lexical des sensations très riche, ce qui vous laissait beaucoup de possibilités pour répondre. Mais on pouvait aussi évoquer certaines figures de style : métaphore, personnification, etc.

« Bien que les sujets pour les S et ES soient plutôt très intéressants, ne peut-on déplorer cependant que les 3 textes proposés soient signés de 3 auteurs du XXe ? l’E.A.F. n’est-elle pas conçue aussi pour permettre aux étudiants de savoir établir des correspondances entre les siècles passés et contemporains ? »

Sonya Laborie. A l’écrit rien n’interdit d’avoir un corpus exclusivement du XXsiècle. Il faudra par contre mobiliser les connaissances sur les autres siècles à l’oral. Par ailleurs, dans la dissertation, il faut mobiliser bien sûr des œuvres plus « classiques », « naturalistes » ou « réalistes ».

Bac 2017 : Le Monde Campus accompagne les lycéens, de l’examen jusqu’aux résultats

Le Monde Campus accompagne les candidats au bac 2017 (bac S, bac ES, bac L et bac STMG), depuis les révisions jusqu’aux résultats, le 5 juillet.

Durant l’examen, du 15 au 22 juin, nous publions chaque jour les sujets dès qu’ils sont rendus publics, une heure et quinze minutes après le début de l’épreuve, ainsi que leurs corrigés en vidéos, en partenariat avec Les Bons Profs.

Vous retrouverez dans l’article ci-dessous, qui sera régulièrement actualisé : toutes les infos pratiques (dates et calendrier complet des épreuves, coefficients) ; des sélections de sites Web, des conseils de révisions et de méthodologie dans les différentes matières, et, pour s’entraîner, des quiz et les sujets présentés au bac 2016 et en avril 2017 à Pondichéry.

Après notre « live » de révisions à J-15, et notre direct du premier jour du bac, jeudi 15 juin, nous vous donnons aussi rendez-vous pour une journée spéciale des résultats du bac, mercredi 5 juillet.

Voici quelques incontournables à lire : les sujets complets de philosophie, leur analyse par une professeure, ainsi que leurs corrigés vidéo, les sujets complets du bac français, les corrigés vidéo, ainsi que notre reportage à l’entrée et à la sortie de l’épreuve.

Pour ne rien manquer, rendez-vous sur la page www.lemonde.fr/bac, et sur la page Facebook Le Monde Campus.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *