Un bac plus « musclé », pourquoi faire ?

Le président Macron et le ministre de l’éducation Blanquer veulent un bac plus musclé. Comment faut-il le comprendre? Le bac sera plus trapu? plus costaud? et surtout, plus difficile avec 4 épreuves terminales, et le reste en contrôle continu ou en cours de formation?

Voilà le type de souhait affiché, d’intention proclamée qui exaspère fortement beaucoup de profs. Ils ne sont pas dupes. On veut leur faire croire qu’ils vont reprendre la main sur les taux de réussite. Bien sûr qu’il n’en sera rien, tout d’abord pour des raisons budgétaires évidentes: plus de redoublants, cela a un coût direct pour les finances publiques. Et puis, inutile d’indisposer les parents électeurs qui doivent souvent envisager des études jusqu’à bac + 5, et qui n’ont pas envie de jouer les prolongations avant même d’arriver dans le supérieur.

Venons en au fond, quelle est l’arrière-pensée qui éclaire ce souhait? S’agit-il simplement d’alléger les modalités de passation du bac en Juin, pour réduire sensiblement les coûts? S’agit-il d’autre chose? Pense-t-on de la sorte laisser plus d’autonomie aux profs, qui feraient moins bachoter les élèves et auraient plus de temps, pour préparer aux exigences du supérieur? [On peut en douter compte tenu de la lourdeur des programmes].

C’est déjà plus séduisant, mais n’y a t-il pas un autre objectif? Jean-Robert le dépité [voir ici] critique depuis des années le niveau du bac et surtout, le niveau réel des bacheliers. Il voudrait une forte sélection à l’entrée de l’université, comme il en existe dans d’autres voies. Beaucoup seront tentés de penser que cela relève d’un bon sens interdit par « le pédagogisme », et le laxisme général dénoncés par certains; ne tranchons pas ici le débat, mais posons une question simple: où vont aller les recalés de la sélection universitaire? On ne peut pas simplement se débarrasser des jeunes qui n’auraient pas le niveau. Ce n’est pas la faute des élèves et des parents si les décideurs de gauche et de droite ont laissé s’effondrer les industries et les emplois qui vont avec, au profit d’une tertiarisation de l’économie, censée créer beaucoup d’emplois qualifiés, et qui offre en réalité souvent des perspectives d’emplois médiocres.

La question éducative ne peut pas être déconnectée des emplois qu’une économie crée, ni de leur rémunération, et donc des politiques publiques qui peuvent infléchir les normes de rémunération, et les emplois de demain en finançant recherche et secteurs en développement [on pense par exemple aux emplois liés à la transition énergétique]. On ne va pas redonner confiance aux jeunes en « remusclant » simplement le bac. On attend plus d’ambition de ceux qui ont pris les commandes. Qu’ils nous épargnent les formules éculées, les slogans de fin de campagnes électorales, et les propos qui comptent pour du beurre, à moins que leur fonction soit de compter pour du leurre, en masquant les véritables intentions gouvernementales, comme la sélection à l’université.

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