A Paris, les affectations au lycée suscitent l’émoi

L’algorithme Affelnet a laissé des collégiens sans solution ou face à un choix décevant.

Sophie et Claire, 15 ans, sont venues avec leur père, Xavier, manifester leur émotion devant le rectorat de Paris, mercredi 5 juillet. Les jumelles terminent leur année de 3e au collège Oeben (12e arrondissement), avec un demi-point d’écart de moyenne générale : elles dépassent toutes les deux les 17/20, sourit leur père. Et, pourtant, toute la famille partage le sentiment d’une « iniquité de traitement » dans leur affectation en lycée : Claire est admise à Henri-IV – qui sélectionne ses élèves –, Sophie, elle, ira dans l’établissement qu’elle avait positionné en cinquième choix parmi ses huit vœux formulés avec la procédure Affelnet.

« Dysfonctionnements », « anomalies », « opacité »… C’est un peu tout ça que raconte la quinzaine d’adolescents rassemblés avec leurs parents – et une poignée d’enseignants – ce mercredi matin devant les portes du rectorat. Leurs témoignages se rejoignent : ils ont eu foi dans l’algorithme aiguillant les jeunes (16 000 rien qu’à Paris) lors du grand bond du collège au lycée ; ils ont formulé « des choix en fonction de leur niveau » et se sentent floués.

« Ma fille n’a échoué en rien et, pourtant, le sentiment d’échec est là, reprend Xavier. Même si sa situation est loin d’être aussi grave que celle de tous ces élèves qui ont 16/20 de moyenne et aucune affectation. » Tous ? Ils sont environ 220 à l’issue du premier tour d’Affelnet, dont les résultats ont été communiqués le 30 juin, à se retrouver sans point de chute ; à peine plus qu’en 2016, fait-on valoir au cabinet du recteur. Deux cent vingt cas « insupportables », rétorquent les familles.

« On est en train de comptabiliser les places pour faire une nouvelle proposition aux familles », explique-t-on au rectorat. Un second tour d’Affelnet dont les résultats seront connus sous peu. En attendant, c’est une bataille de chiffres à laquelle la communauté éducative se livre : plus de 8 collégiens sur 10 se sont vu proposer un lycée parmi leurs trois premiers vœux, assure le rectorat ; autant – ou presque – sont déçus par leur affectation, disent les parents mobilisés.

« Quelle violence »

Ils ne décolèrent pas face à la liste de quatre lycées dits « de périphérie » qui leur a été proposée – « des établissements où il y a traditionnellement de la place, justifie-t-on au cabinet du recteur. Ça ne veut pas dire qu’il n’y en aura pas ailleurs ». « On n’y enverrait pas des prisonniers de longue peine », tempête Kareen. Avec 15/20 de moyenne générale, sa fille n’a reçu aucune affectation. « Cela revient à encaisser huit refus, quelle violence… » Emmanuelle ne comprend pas non plus comment son fils, avec presque 16/20 de moyenne, se retrouve pris dans le huitième et dernier lycée de son choix : « Pourquoi nous demander notre avis, dans ce cas ? »

« Ces dysfonctionnements cassent la confiance dans le service public, regrette une enseignante venue soutenir la mobilisation. Si on ne peut plus assurer à nos élèves que, avec 16/20 de moyenne, ils obtiendront un lycée parmi leurs deux ou trois premiers vœux, on va nourrir la fuite dans le privé. »

Bien que les problèmes soient notamment concentrés dans des collèges du nord et de l’est de la capitale, où les boursiers, qui bénéficient d’un « bonus » de points, sont plus nombreux, ce n’est pas cela que dénoncent les familles, disent-elles. C’est l’introduction, dans le sillage de la réforme du collège, d’une évaluation des compétences du « socle commun », au brevet comme dans Affelnet, surpondérée par rapport aux notes et au contrôle continu.

Les « effets de seuil » qui en découlent semblent gomment les différences de quelques points dans la moyenne. Certains établissements auraient attribué 400 points – le maximum – à tous leurs élèves, pour booster l’affectation d’enfants peu favorisés ; d’autres ont, semble-t-il, appliqué les consignes avec justesse… et contribué à créer de l’injustice ? La fédération de parents FCPE y voit une « hypothèse plausible ».

« J’ai pleuré en ouvrant ma pochette d’affectation, raconte Emma, 15 ans. Avec 17/20 de moyenne, j’aurais rêvé d’un autre lycée. Mais avec du recul, je me dis qu’il n’y aurait pas toute cette émotion si on n’était pas autant sous pression. On nous dit qu’il faut mettre fin à la hiérarchisation des établissements, et en même temps, durant tout le collège, on nous répète qu’il y a les bons bahuts et les mauvais ! » Sa solution ? Revenir à une affectation « dans le lycée du quartier, dit-elle, et basta ».

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