Comment s’explique la différence de notation au bac et à un concours ?

Il n’est pas rare qu’un élève auréolé d’une mention au bac, soit fortement déçu, en découvrant les notes obtenues par exemple au concours de sciences po. C’est l’occasion de faire le point sur la façon de noter au bac, et lors d’un concours.

Essayons de caractériser ces deux types de notations, sans tomber dans une trop simplificatrice caricature,  en particulier vis à vis des évaluateurs des concours, qui ont des barèmes de notation, mais aussi une plus grande latitude pour apprécier les productions des candidats.

Un correcteur du bac, quand il prend une copie part de zéro, et il va chercher à mettre des points sur tous les aspects positifs de la copie, sans se laisser trop indisposer par les insuffisances plus ou moins gênantes de ladite copie [attention, parfois certains  professeurs ne jouent pas le jeu  en faisant fi des largesses dont par ailleurs bénéficient leurs élèves; attitude très critiquable]. Le correcteur d’un concours exigeant part de 20, et il n’hésite pas à descendre la note, et même de manière implacable si elle contient des erreurs, des insuffisances qui lui paraissent inadmissibles.

N’en concluons pas que d’un côté, il y a les gentils profs et de l’autre les Attila de la correction.

Le ministère a su faire passer auprès de ses inspecteurs zélés, qu’il ne fallait pas laisser trop d’initiatives aux profs correcteurs du bac. On se charge de leur fournir des barèmes (trop?) généreux, et on leur demande de communiquer leurs notes en cours de correction, sachant qu’un coup de fil de l’inspecteur pour attirer leur attention sur la faiblesse de leur moyenne pourrait advenir, avant que soient entérinées et saisies ces notes; coup de fil plus ou moins comminatoire.

Le correcteur d’un concours a bien des indications de corrigés, mais dans  un concours, on n’attend pas a priori un travail formaté comme au bac, mais une réflexion personnelle, un raisonnement si possible ciselé et subtil. Le candidat en tentant de séduire intellectuellement son correcteur prend le risque de le décevoir, ce qui peut faire chuter dramatiquement sa note. On comprend l’intérêt d’une double notation si elle se fait vraiment à l’aveugle, et si un élément du binôme par son ancienneté ou sa forte personnalité n’étouffe pas d’éventuels débats.

Pour dépasser ces généralités et en privilégiant les épreuves de composition ou de dissertation, prenons un exemple tout simple, tout bête. On dit en général qu’au bac, on ne peut pas retirer plus de deux points, si l’orthographe est trop incorrecte. Une commission d’entente peut réduire la pénalité à un seul point, et on exige même que le correcteur par exemple en SES, alors qu’il y a deux devoirs distincts (dont un dit de spécialité) n’enlève au maximum qu’un seul point, alors qu’il y a deux copies et deux notes. Au concours de sciences po, si la lisibilité, ou la présentation ou l’orthographe sont défaillantes, ce n’est pas un point que le correcteur retirera, mais il laissera libre cours à son exaspération, et la note donnée risque de fait d’être éliminatoire.

Autre exemple, le hors sujet. Bien sûr que le hors sujet est pénalisé, mais il le sera de manière implacable à un concours et de manière bien plus mesurée au bac [1]. Il n’ y a pas plus de deux ans, j’ai entendu un inspecteur qui martelait, il ne faut pas sanctionner le hors sujet, le candidat s’est pénalisé lui-même en perdant du temps en rédigeant des choses inutiles, pas besoin de le sanctionner par une pénalité en plus des points qu’il n’aura pas su engranger!

On hésite à rapporter ce type de propos qui conduira à ne retenir non plus le discours pédago, mais démago de certains; le risque de glisser vers la « pémagogie » est réel. La notation au bac se comprend, si on considère le bac comme un certificat de fin d’études secondaires, et pas le premier grade du supérieur (cela est fort bien rappelé par C Lelièvre ici). Demeurent cependant deux questions, dont la première appelle une réponse négative: le bac prépare-t-il bien aux exigences du supérieur? Deuxième question qui conduit souvent les profs à la perplexité, si c’est un certificat de fin d’études secondaires, que mesure-t-il vraiment?

[1] Attention certains correcteurs du bac peuvent pénaliser fortement le hors sujet.

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