Les évaluations externes à faibles enjeux : les enseignants confrontés à eux-mêmes ?

Depuis les années 1990, l’évaluation externe des élèves est progressivement devenue en Europe continentale un outil pour réguler les pratiques d’enseignement. Pour ses promoteurs, la confrontation aux résultats de l’épreuve externe susciterait chez les enseignants un processus réflexif aboutissant à une amélioration de la qualité de l’enseignement. Au travers d’une étude par questionnaire menée auprès d’enseignants belges du secondaire inférieur confrontés à l’épreuve certificative de la fin du 1er degré (CE1D), cet article tente d’éclairer l’impact des dispositifs d’évaluation sur les pratiques d’enseignement. L’objectif de l’étude est de préciser les changements survenant dans les pratiques enseignantes, mais aussi de mieux comprendre les processus cognitifs intervenant dans le traitement des informations liées aux épreuves externes. L’analyse des données recueillies illustre un lien généralement faible entre les pratiques d’enseignement et l’évaluation externe, fort probablement en raison du fait qu’une majorité d’enseignants ne perçoit pas les résultats de l’évaluation externe comme un feedback de performances. Indépendamment des scores des élèves toutefois, la façon dont l’enseignant perçoit l’épreuve externe ainsi que l’influence sociale de son entourage professionnel semblent jouer un rôle dans les changements rapportés. Ces variables entretiennent néanmoins des liens beaucoup plus importants avec l’intention de changement qu’avec les changements effectifs, permettant de supposer que la faiblesse des modifications comportementales des enseignants ne dépend peut-être pas d’un manque de volonté de leur part.

L’évaluation externe, considérée ici comme toute épreuve conçue par des institutions relativement indépendantes des établissements scolaires mais néanmoins imposée à l’ensemble des élèves d’une région et d’un niveau déterminés, fait l’objet d’un engouement politique particulièrement prononcé depuis les années 1990. Pendant longtemps, la fonction majeure de ce type de dispositifs a été d’évaluer de manière standardisée et commune tous les élèves d’une cohorte donnée à différents moments-clés de leur scolarité. À l’heure actuelle toutefois, le rôle des épreuves externes s’est étendu de manière considérable à des fonctions régulatrices du système éducatif (Mons, 2009). À cet égard, certains auteurs et/ou acteurs politiques voient en ces dernières un instrument susceptible de contribuer à l’amélioration des pratiques d’enseignement. Pour ceux-ci, l’idée est que les résultats des élèves à ces épreuves servent de feedback aux enseignants et les engagent dans un processus réfle…

Auteurs

Esteban Rozenwajn

Université catholique de Louvain, GIRSEF

Xavier Dumay

Université catholique de Louvain, GIRSEF

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